Physique et Métaphysique :  

Contes, légendes et poèmes soufis.

Symbolisme des images rencontrées sur les chemins de la Vouivre...


Chapitre VI
 
Le sens du Passage et de la Communion
 
                                     « Que je ne heurte pas au binaire la vérité de moi-même,
mais que je laisse tous mes à-côtés.
Que le Passage se fasse dans ma Vie
par l’immolation de tout ce qui est contraire
à ce que Je Suis »
 
Emmanuel-Yves Monin.
Conférence inédite.
 
Tel est le mantra donné par le Serviteur de Lumière, présent en tout temps.
La Crucifixion et la Pâque sont indissociables, l’une précède l’autre. Pour ce Passage, un sacrifice est nécessaire. Mais que faut-il sacrifier ?
« Au Passage, l’abandon de tout ce qui entrave le Passage.
Pasque !
Ainsi, c’est sur les deux piliers du Temple que l’on immole et que l’on projette le sang de l’animal sacrifié. C’est ton propre sang, c’est-à-dire le support de ton ego que tu laisses à droite et à gauche du Passage (…)
- Quelle partie de moi dois-je immoler ? Mes préparatifs ont-ils été auparavant accomplis ? Suis-je prêt à immoler à la Porte du Temple ce qui doit être immolé de moi ?
- Oui, je suis prêt. Je veux m’élever vers le Soleil et vers l’Air pur des Hautes Cimes d’où mon chant d’Alléluia résonnera sur toute la Terre pour son mieux être et pour sa joie.1 »
Ce n’est plus le sang des animaux, comme de coutume dans les synagogues, qui est versé par celui qui est sur la croix, mais son propre sang, celui de son corps terrestre. « Symbole mystique d'autant plus remarquable que Adâm veut dire : Aleph dans le sang - dâm : sang en hébreu - et que le Rabbi, se déclarant toujours Ben Adâm - et non fils de l'homme en français - affirme ainsi être engendré par le Aleph dans le sang... entre autres significations !
[1] »
C’est donc le sang impur et corrompu par les miasmes de la contre-nature qui est à immoler. La racine de ce “mal”, c’est “l’ani-mal” humain dans sa contre nature actuelle (il n’est plus justement Anime-Al !), passage transitoire qui s’étire sur quelques siècles du temps de cette terre. Siècles ou millénaires, voire millions d’années ? Qu’importe ! Le minéral, le végétal, l’animal, l’humain doivent trouver immanquablement, inexorablement, en l’Homme Parfait leur aboutissement. Les consciences humaines sont encore tribales, proches de l’âme-groupe qui caractérise le règne animal, et se réfèrent à une société, une culture, des coutumes qui s’opposent à d’autres toutes aussi relatives.
La véritable “indivi-dualité” de chaque être, unique en Principe, ne peut être reliée au Tout que par sa Nature Divine. Du “naturellement humain” au “Naturellement Divin”, il y a un saut à faire…
Qu’en fut-il de ce Passage, de cette Pâque au temps du Rabbi Iéshoua‘ ? Cette année là, à la veille de cette fête, « Pierre et Jean demandent à Jésus :
- “Où allons-nous fêter Pâque ?”
Et Jésus de leur répondre :
- “Sortez, un homme portant une cruche d’eau vous rencontrera. Suivez-le. Il vous conduira à une Maison et vous rentrerez avec Lui. Il vous amènera à une pièce Haute et Prête.”
[2] »
A la lecture littérale, rapportée dans les évangiles, s’ajoute ici le sens anagogique, « c’est-à-dire : vous serez conduit en l’Espace de votre Ressourcement au Point-vôtre libérateur de la Mort.
[3] »
Qui mieux que l’Instructeur du Verseur d’Eau pourrait donner le sens ultime de ce passage ? Ce qui est rapporté par Luc (22, 10-12) et Marc (14, 13-14) semble plus terre à terre, et bien loin de cet essentiel ! Est-ce à dire qu’ils ne connaissaient pas ce sens ultime ? Ou bien qu’ils ne l’enseignaient alors que de bouche à oreille ?
La Pâque est ce Passage qui fait de l’humain un Vivant :
« Ceux qui disent que le Seigneur est mort d’abord puis ressuscité se trompent, car il est ressuscité avant de mourir. Si quelqu’un ne ressuscite pas d’abord, aussi vrai que Dieu est vivant, il ne mourra pas, il est déjà mort. » (Philippe v. 16)
Alors nous découvrons que notre individualité humaine est multiple et que notre forme actuelle n’est que l’une de ces multiples émanations de notre Moi essentiel, non né, n’ayant jamais connu la mort, et qui se sont échelonnées tout au long de l’histoire humaine. Tout homme, quelle que soit sa condition terrestre, est nous-même, puisque nous avons vécu cette condition et nous savons que cela est une unité de vie incluant maintes réincarnations. Notre mémoire cellulaire peut se vider de tous les traumatismes de nos passés terrestres ; nous acquittons notre dette à la matière qui nous a permis de vivre ces expériences et à qui nous sommes redevables. Nous voyons le futur venir à nous en vivant intensément le seul présent.
La Totalité de nous-même, notre “indivi-dualité” ne peut être découverte par notre “individu-alité” enseigne la Langue des Oiseaux ! Lorsque le temps est venu du “hors temps”, c’est notre “indivi-dualité” qui nous trouve et nous intègre dans l’unité de toutes les facettes de notre Soi ; elle est arrivée à la plénitude de son expérimentation de la Matière lourde.
S’ouvre alors l’Expérience sans limite par l’Energie-Amour qui est Unité d’un multiple qui accepte et vit la rose et l’épine, le parfum et le sang, le juste, sans notion de bien et de mal !
Le Rabbi n’est pas un Sauveur demandant une croyance aveugle ! Il est un pur diamant ce “Christ-Al” à l’enseignement aussi tranchant que lumineux. Certes, la Compassion est en Lui, vivante, pour les pauvres, les malades, les méprisés, la femme adultère... Passion et Com-passion sont indissociables. Comme Lui, nous avons à transcender la mort pour la mort.
A peine écrits, les mots sont déjà vieux ; chaque jour est à écrire sans s’encombrer des vérités d’hier. Il se dégage beauté, puissance et énergie seulement de ce qui est vivant dans l’aujourd’hui. C’est cela “Son Retour”, si retour il y a puisqu’il n’a jamais rien quitté de l’Unité et qu’Il ne peut faire retour à la dualité ! Certes, les morts vivants ne peuvent saisir cela qu’en laissant la Vie re-susciter en eux son Energie. Alors, notre projection dans le temps nous étonne par ses limitations. La pensée rationnelle et matérialiste ne peut saisir que la contradiction là où se trouve “l’unité des forces duelles” !
Notre Soi essentiel Est, dans d’autres dimensions que celle de notre espace-temps ; et parce qu’Il est vivant, Il s’enrichit de tout ce que ses projections dans cet espace-temps lui permettent de trouver. Ce Soi est Un et innombrable, dans une unité plurielle. Ce Soi ne s’enrichit que si nous décidons de sortir de notre ignorance, de la contre-nature qui étouffe notre âme et induit nos maladies mentales, psychologiques, physiques. Les fausses évidences construisent notre carapace et l’espace intérieur se meurt, faute d’une ouverture. Si petit soit-il, un simple judas est une ouverture dans une porte aussi blindée soit-elle ; il suffit à voir ce qui est de l’autre côté et peut provoquer l’ouverture vers le Tout Autre. Chaque voie étant unique, comme chaque être qui la suit, il est toujours dommageable de s’attarder plus qu’il ne faut dans l’enfermement des religions établies ; elles enferment le plus souvent dans la dualité, et envisagent rarement un retour possible à cette Unité-Plurielle.
« Jésus a dit : “Aujourd’hui, vous mangez des choses mortes et vous en faites ce qui est vivant : [mais] lorsque vous serez dans la Lumière, que ferez-vous ce jour-là où, étant un vous deviendrez deux ; et lorsque vous deviendrez deux, qu’est-ce alors que vous feriez ?” » (Thomas L. 12) Des aphorismes lapidaires de L’Evangile de Thomas, il est encore possible de ressentir la vibration qui touche au cœur. A chacun de voir quelle nourriture lui convient !
Au cours de son enseignement public, Iéshoua‘ a multiplié les pains pour la foule venue l’écouter. « La multiplication des pains, c’est ce que demande la religion exotérique.
Mais pour passer à l’Homme véritable, à l’Homme Universel on peut dire, c’est la raréfaction des pains !
Il n’y a pas de problèmes véritables. Dieu aide sans arrêt comme il aide les petits oiseaux, mais après, il y a les moments où Dieu ne t’aide pas. C’est justement pour passer à l’Homme véritable, à l’Homme Universel qui ne peut s’atteindre que par le retour à la Source, et de là, dans son expression directe, cette mise en forme qu’est le Corps Glorieux. Il faut atteindre à la raréfaction totale. Rien, rien, rien…
C’est complètement autre chose. Il y a ce processus ascensionnel, cette montée vers Dieu qui permettra d’atteindre le point sept, l’homme vertueux. L’Homme véritable est le passage du sept au neuf
[4]. C’est un changement de plan. Ce n’est plus une spirale ascensionnelle, c’est vraiment sauter dans le Point formateur de la spirale, dans l’Energie à l’état pur, hors de toute forme (…) Le Christ montre l’exemple, il propose la remontée à ce Point là.1 »
 
Il montre l’exemple lorsqu’il lave les pieds des apôtres avant le partage du pain, le jour de Pâque. Iéshoua‘ dit à Shim’ôn-Petros qui lui demande de lui laver aussi les mains et la tête :
« Qui s’est baigné n’a plus besoin de se laver mais est entièrement pur. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous. » (Jean 13, 10)
Cette remarque vise-t-elle Iehouda (Judas), comme on le laisse toujours entendre ? Elle pourrait tout aussi bien viser Petros qui le reniera par trois fois au soir de sa Passion !
Lors de la Cène où Iéshoua’ partage le repas, avec ce plat unique comme partout en Orient où chaque convive plonge la main pour se servir, il annonce une trahison qui va se produire. Si les évangélistes sont en accord pour témoigner de leur tristesse lorsque Iéshoua‘ leur dit « Amen, je vous dis, l’un de vous me livrera, celui qui mange avec moi » (Marc 14,18), ils diffèrent ensuite.
Matyah dit qu’ils lui posèrent tour à tour la question : « Est-ce moi, Adôn ? » et que, lorsque vint le tour de Iehouda, il répondit : « Toi, tu l’as dit » (Matthieu 26, 22 et 25).
Marcos, rapportant la scène, ne désigne personne mais dit simplement « Un des douze, celui qui plonge avec moi dans le plat. » (Marc 14, 20).
Loucas rapporte à peine l’incident, survenu après la bénédiction du pain et du vin : « Cependant, voici la main qui me livre, avec moi sur la table » (Luc 22, 21).
Seul Iohanân rapporte que Shim’ôn-Petros lui demanda de poser la question à propos de celui qui le trahira : « Demande de qui il parle » et que Iéshoua‘ répond : « C’est celui pour qui je trempe le morceau que je lui donne ».
Il tendit ce morceau à Iehouda en lui disant : « Ce que tu fais, fais-le vite !
Mais cela, parmi les convives nul ne sait pourquoi il le lui dit. » (Jean 13, 24 puis 26, 27, 28)
Iohanân est-il plus crédible que les autres évangélistes ? Il ne dit rien en tout cas qui confirme ce que rapportent les trois autres :
« Tandis qu’ils mangent, il prend du pain, bénit, partage et leur donne. Il dit : “Prenez ! Ceci est le corps, le mien”.
Il prend une coupe, remercie et leur donne. Ils en boivent tous.
Il leur dit : “Ceci est le sang, le mien, celui du pacte, versé pour beaucoup.” » (Marc 14, 22-24)
Loucas est le seul à ajouter : « Cela, faites-le en mémoire de moi. » (Luc 22, 19)
Seul Philippe indique clairement le symbolisme du pain et du vin :
« Iéshoua‘ a dit : “Celui qui ne mangera pas ma chair et ne boira pas mon sang n’aura pas la vie en lui.”
Qu’est ce que sa chair ? C’est la Parole, et son sang, c’est l’Esprit Saint. » (Philippe v. 18b)
Que s’est-il réellement passé au cours de la scène où le Christ partagea le pain et le vin avec les douze disciples présents ? Bien difficile de conclure des affirmations des uns et des autres, des contradictions de témoignages partiels et, peut-être aussi, partiaux !
Chacun de nous est le produit de la terre qu’il mange, du pain dont il se nourrit, du vin qu’il boit, du moins dans les régions du monde où les hommes mangent et boivent ces produits de leurs champs. Iéshoua‘ parle pour ceux qui sont sur la terre où il s’est incarné et non à tous les humains de la planète qu’une discipline étroite et bornée oblige, s’ils deviennent croyants, à des nourritures (le pain et le vin) qui ne leurs sont pas coutumières ! Tous les hommes sont ce qu’ils mangent ; cela est vrai aussi bien sur le plan physique que pour les nourritures relationnelles et mentales.

L’Evangile des Ebionites[5] fait de Iéshoua‘ un végétarien qui ne peut manger le mouton égorgé pour la Pâque : « Pouvez-vous croire que j’ai désiré d’un grand désir manger avec vous de la viande pour cette Pâque ?[6] » Les Ebionites affirment que Jean-Baptiste ne se nourrissait pas de sauterelles, akris, mais de gâteau à l’huile, enkris ! Quelle importance ? Le Vivant n’a plus de notions…
Ayant eu la vision du Christ, Carlo Suarès rapporte le dialogue qu’il eut avec lui : « Mais, dis-je - et je ne riais plus - n'as-tu pas dit : “Voici ma chair, mangez ; voici mon sang, buvez.”
Et le Rabbi soudain terrible et comme brandissant la foudre :
“Ceux qui croient manger la chair de ma chair et boire le sang de mon sang, que ce soit en présence réelle ou en présence imagée, pensant m'adorer me maudissent.”
L'apparence du Rabbi avait disparu mais la réponse à la question qui m'était venue à l'esprit fut en moi comme une vision d'une grande simplicité et bouleversante, car je vis la tenace et tragique erreur des hommes qui inlassablement, jour après jour, absorbent l'Esprit et le transforment en matière, dans la cruelle illusion de s'élever vers ce qu'ils détruisent.
Car 1'Énergie supérieure absorbée (mangée) par 1'Énergie inférieure est toujours ramenée au niveau inférieur ; et où, et par quel impossible retour de flamme, trouverait-elle en ce qui l'a réduite sa remontée ?... Alors - et l'on me crut fou - je courus dans la ville en criant :
- “Faites-vous manger par Dieu ! Faites-vous manger par Dieu !”
[7] »
Qu’elle est en vérité la source de cette vision ? Qui peut savoir ? Mais ce témoignage est chargé d’une grande énergie de vérité et mérite d’être longuement médité… pour qu’ensuite soit rendu possible ce qui fut dit :
« Devenez (…) le pain qui se rompt au Nom de Dieu, afin qu’à chaque instant de la Vie, un Etre connaisse la Communion Divine
[8] »
S’unir à Dieu, c’est se laisser absorber entièrement par la Vie ! « “Le pain qui se partage à la Communion des saints est le Corps qui se partage et se rompt pour s’Unir à Dieu.”
Comprenez Cela, c’est le Mystère de la Communion qui reste “mystère” tant que l’être n’a pas réalisé Ce qu’est l’Union Divine.
[9] »
« Vous êtes Une Seule et Même Substance en des formes multiples, et lorsque cette Substance a atteint le degré adéquat au Divin, alors elle se rompt et se partage, car
c’est une seule et même chose qui retourne au sein de la Fleur Première.[10] »
 
 
Idées forces :
 
- La Pâque, le Passage, c’est pour chaque humain le sacrifice exigé est celui de son propre sang corrompu par l’anti-nature.
- Il faut ressusciter avant que de mourir.
- La multiplication des pains concerne le plan du salut. Celui de la Libération demande au contraire, la totale raréfaction.
- Quant à la Cène et à la trahison de Judas, les témoignages des apôtres sont marqués par leur niveau de compréhension et demandent à être reconsidérés.
- Judas obéit à l’ordre de Jésus en le livrant. Un « judas » est toujours une ouverture !
- Le Christ connaissait l’incompréhension généralisée qui accueillait ses paroles et son témoignage.
- Seule la Réalisation de l’Union Divine permet l’authentique Communion.
 
[1] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, op. cit., p. 34
[2] L’Articulation du Monde, op. cit., p. 63 (citation référée au livre de Platon le Karuna, La Voie de l’Apôtre, à paraître).
[3] Idem.
[4] Voir La Métaphysique des Chiffres. Tous les Chiffres ne disent qu’Unité, op. cit.
[5] Attesté par Epiphane, écrit en grec dans la première moitié du second siècle.
[6] Evangiles apocryphes, réunis et présentés par France Quéré, Seuil, 1983, p. 60.
[7] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, op. cit.
[8] L’Instruction du Verseur d’Eau, op. cit., p. 40.
[9] Idem., p. 39.
[10] Ibidem.



 
 
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