Physique et Métaphysique :  

Contes, légendes et poèmes soufis.

Symbolisme des images rencontrées sur les chemins de la Vouivre...


Chapitre X
 
 
Petros, le croyant,
 
typifie la condition humaine


« Jésus leur a tout dérobé car il ne s’est pas révélé tel qu’il était, mais comme ils étaient capables de le voir. Il leur est apparu à tous : grand aux grands, petit aux petits, ange aux anges et homme aux hommes. C’est pourquoi sa parole a été cachée à tous. Quelques-uns le voyaient croyant se voir eux-mêmes. Mais quand il apparut à ses disciples dans la gloire sur la montagne, il n’était pas petit, il était devenu grand, et il grandit ses disciples pour qu’ils fussent capables de le voir dans sa grandeur. » 
 
Philippe, v. 21.
 
 
 
S’opposant à tous les Césars déifiés, Iéshoua‘ choisit symboliquement Césarée pour annoncer l’essentiel à des apôtres qui ne pensent qu’à l’établir roi d’Israël ! Là, alors que Iéshoua‘: annonce sa passion à venir, « Petros le prend à part, commence à le rabrouer et lui dit :
“Que tout te soit propice, Adôn ! Il n’en sera pas ainsi pour toi !”
Il se retourne et dit à Petros : “Pars loin de moi, Sâtan !
Tu m’es un trébuchement ! Oui tu penses non pas comme Elohim, mais comme les hommes.” » (Matthieu 16, 22-23)
Que nous est-il révélé sur le comportement de Petros par les divers écrits que nous connaissons ? 
Au Mont Tabor, Petros veut dresser une tente pour Moshè (Moïse) et Elyoua (Elie) qui apparaissent ! Ce n’est pas un mystique certes et il manque d’intelligence. La veille de Pâques, dans sa fougue mal contrôlée, lors de l’épisode très connu du lavement des pieds des apôtres, il refuse de se laisser laver les pieds, puis demande que Iéshoua‘ lui lave aussi les mains et la tête, mais celui-ci lui « passe un savon » !
« “Adôn, toi, me laver les pieds !”
Iéshoua‘ répond et lui dit :
“Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant ;
Mais tu le sauras ensuite.”
Petros lui dit : “Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !”
Iéshoua‘ lui répondit : “Si je ne te lave pas,
Tu n’auras pas de part avec moi”.
Shimon‘ Petros lui dit : “Adôn, non pas mes pieds seulement,
Mais aussi les mains et la tête.” (Jean 13, 8-9). 
Il prend des allures de chef de parti prêt à partir en guerre et taille l’oreille d’un serviteur au moment de l’arrestation du Rabbi au Mont des Oliviers !
Brouillon, incontrôlable, manquant d’à propos... Pêcheur au bord du lac, alors qu’il était nu, il ceint sa tunique pour se jeter à l'eau (Jean 21, 7) !
Iéshoua ne cesse de le remettre à sa place et, lorsque Petros lui dit « Adôn, toi tu sais tout. Toi tu sais donc que je te chéris » (Jean 21, 16), il lui fait cette prédiction : Lorsque tu seras vieux, « un autre te ceindra et te portera où tu ne voudras pas. » (Jean 21, 19) Petros sera crucifié la tête en bas.
Lorsque, au soir de sa dernière apparition, Iéshoua‘ fait signe à Iohanân de le suivre, il croit que ce signe s’adresse à lui !
Petros est aussi présomptueux et n’hésite pas à contredire le Rabbi quand celui-ci leur dit qu’ils trébucheront cette nuit :
« “S’ils trébuchent à cause de toi, moi, je ne trébucherai jamais !”
Iéshoua‘ lui dit : “Amen, je te dis : cette nuit même, avant que le coq chante trois fois, tu m’auras renié.”
Petros lui dit : “Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas !” » (Matthieu 26, 33-35)
C’est sur ce “Pierre” qui sans cesse se pétrifie, hésite, sort son épée, trahit et se repent, toujours instable, fougueux, emporté, que serait bâtie Son Eglise ! Et en plus, en la personne de ses successeurs, il devient “infaillible” ! Quelle dérision dont les fruits amers ont traversé les siècles ! Pourtant, cela était nécessaire, et Celui “qui sait tout” est conscient des limitations de cet homme, comme de ceux qui vont lui succéder au cours des deux mille ans que nous connaissons.
Pourtant, et en connaissance de cause, Iéshoua‘ aurait dit, mais seul Matyah rapporte ces paroles : « Tu es Petros - Pierre -,
et sur cette pierre - petra - je bâtirai ma communauté.
Les portes du Schéol ne seront pas plus fortes qu’elle.
Je te donne les clés du royaume des ciels.
Ce que tu lies sur terre est lié dans les ciels. Ce que tu délies sur terre est délié dans les ciels. » (16, 18-19)
A travers l’individu qui est de fait Shim‘ôn Ben Yonah, Iéshoua‘ voit la multitude des hommes. « Et il lui dit (il nous dit) que ce que chacun de nous aura lié, enchaîné, entravé dans une conscience, sera “lié”, enchaîné, entravé dans la Conscience universelle, et que ce que chacun de nous fera pour “délier”, libérer, affranchir une conscience, sera fait dans la Conscience universelle.[1] »
L’expression “Fils de Jonas” est symbolique. Jonas, en hébreu est Yonah, signifie Colombe, le symbole d'Israël. Cette Colombe qui deviendra le Saint Esprit.
Dans toutes les traditions, le changement de nom marque profondément la vocation d’un être. Mais “pierre”, « en hébreu Ab-ben, signifie depuis toujours, en Cabale, le processus humain en général.[2] ». « D'une façon plus approfondie, Abên (Aleph-Beith-Noun final), “pierre” dans l'idiome, est, en terme de Cabale, le fondement de tout ce qui est.[3] ». Ce n’est pas de lui seul dont il s’agit ; “Pierre” désigne la communauté des hommes pétrifiés par la loi.
Iéshoua‘, lorsque Petros lui fait obstacle, le traite de “Satan” ! Quelle est l’étymologie de ce mot ? « Le satan, de la racine hébraïque stn, signifiant “l’opposant”, “celui qui met un obstacle”, est un titre et non pas un nom personnel, que la traduction grecque des Septante rendra par diabolos, du verbe diaballein, “mettre un obstacle”.[4] » Un “trébuchement” est-il dit ici.
Petros devient, de par son tempérament, un obstacle au but que poursuit le Rabbi. Celui-ci ne dirait-il pas de même de maints successeurs de Petros ? Lui se sert de cet obstacle en connaissance de cause ! Ce sont les obstacles qui obligent à grandir… En science,“l'effet tunnel” de Raymond Chiao est étonnant : Lorsqu'une particule rencontre un mur, le principe d'incertitude nous dit qu'il y a une chance, faible il est vrai, qu'elle soit de l'autre côté du mur puisqu'il y a incertitude sur sa position. Plus le mur est fin, plus la probabilité est forte. Dans certains cas la particule traverse réellement le mur et on peut la recueillir de l'autre côté. C'est sur cet effet “tunnel” que fonctionnent les microscopes les plus perfectionnés.
Chiao utilise deux rayons de photons qui se déplacent à la vitesse de la lumière, parcourant des distances égales pour aller par des chemins différents de A à B. Les électrons partis ensemble de A arrivent ensemble à B. Si l'on interpose un mur sur l'un des trajets, la plupart de photons sont arrêtés, mais un petit nombre arrive quand même grâce à “l'effet tunnel”. Les photons qui empruntent le parcours sur lequel se trouve le mur arrivent avant les autres, partis en même temps et ne traversant pas le mur ! Ils vont tous à la vitesse de la lumière et parcourent la même distance ! La lumière ne peut aller plus vite que la lumière ! Lors de l'effet tunnel, la particule se matérialise directement de l'autre côté du mur en “effaçant” celui-ci et non pas en se faufilant entre les molécules du mur. Elle parcourt la distance prévue diminuée de l'épaisseur du mur et arrive avant l'autre qui n'a pas rencontré l'obstacle d'un mur. Plus le mur est épais, plus elles arrivent avant. Cela semble être la preuve quasi définitive que la matière n'est pas composée d'objets, aussi petits soient-ils, qu'elle n'est pas “matérielle” ! Ce qu’enseignait le nagual toltèque don Juan à Carlos Castaneda, lui disant : « la première vérité relative à la conscience est que le monde extérieur n’est pas en réalité ce que nous croyons. Nous pensons que c’est un monde d’objets et c’est faux.[5] »
 
L’obstacle par excellence, c’est « Satan » ; la personnification de ce qualificatif de “Satan” relève du fantasme. Une forme pensée est née de la peur humaine ; elle a grossi durant des siècles et ses fruits amers permettent de la juger. Dans la Langue des Oiseaux, Satan est l’Energie (S) manifestant (A), depuis le Principe (^), la Terre (T), la dualité donc au regard de l’Unité. Diable a le même sens : d’I-A-Ble, depuis l’axe de la manifestation, ce qui coupe la “boule” (BeLe) en deux (dia)[6].
La manifestation ne peut se faire que par la rupture de l’Unité primordiale. Mais le mental humain surajoute à ce juste dualisme, une dualité parasitaire. Là est l’erreur de l’ego inférieur. Viennent alors les notions de bien et de mal qui faussent toutes choses.
Satan est un très ancien schème de Kabbale, méconnu par des pasteurs aveugles ! « Le sens irréel, stupide, néfaste, que ces personnes donnent à Satân, indique, à n'en pas douter, qu'en ce qui concerne la langue sacrée, le monde judéo-chrétien est mené par des analphabètes, et qui veulent l'être.[7] »
Iéshoua‘ va « introduire Satân dans Simon Ben Yonah en lui faisant sentir son importance par un merveilleux malentendu. Et le voici qui annonce aussitôt l'envers de cette opération ; s'il fait mourir son corps sans mourir lui-même (lui, dans sa vraie conscience, celle du “Père”), et s'il peut, après sa mort corporelle, se montrer dans un corps emprunté à une autre dimension et se faire reconnaître malgré la différence des corps, le “péché-qui-fait-que-l’homme-est-mortel”, cette vieille notion qui identifie l’homme à son physique, sera abolie, non seulement en lui mais en chaque humain puisque le Rabbi est un avec tous.[8] »
Et voilà que l’individu Shim‘ôn, se croit être “la pierre” ! La véritable “pierre d’angle” est rejetée par lui ! Par ses successeurs à sa suite, même les plus sincères, surtout à partir du moment où l’Empereur Constantin, on ne peut plus sanguinaire pourtant, présida le Concile de Nicée, en 325 ; ce concile fixa la date de Pâques, définit le Credo et aboutit à la condamnation d’Arius à l’initiative d’Athanase patriarche d’Alexandrie. Celui-ci, prêtre d’Alexandrie, prêchait que le Père seul était de nature divine et que le Fils n’était que la première de ses créatures. Il y eut des papes de tous acabits, comme ce pape Alexandre VI, de la famille des Borgia, débauché, criminel et assassin !
« Jésus a dit : “Puisses-tu m’enseigner cette pierre que ceux qui construisent ont rejetée ! C'est elle la pierre d'angle.” » (Thomas L. 70)
Cette pierre angulaire, dit le disciple, est Abên : AB, et Ben, réunis par un seul Beit : Aleph, Beith, nous le savons assez, est l'Intemporel et un support physique qui le contient. AB (Père) est avec tout, en tout, générateur de tout ce qui est. Et Ben (Fils) est l'Homme, car en sa structure propre il a la vocation de s'ouvrir à la dernière lettre de son nom : le Noun final , dont le nombre 700 est celui de l'Indétermination cosmique.
Ce Noun final est la délivrance du Aleph qui, depuis la poussière et le sable jusqu'aux animaux et jusqu'aux “hommes-animaux” est prisonnier des mémoires de l'inertie et des formes répétitives.[9] »
Le sens du mot “pierre” ne doit-il pas être élargi ? « A chaque acte de vous, une pierre est posée et “sur cette pierre, je bâtirai mon église”, disait le Christ, d’où l’importance de cette pierre de base.
Pour que cette pierre de base soit solide, il faut qu’elle ait sa juste place, sa juste forme (…) Cette pierre de base peut être également un élément liquide qui donne naissance au Lotus. C’est en cela qu’il ne faudra pas visualiser le mot “pierre”, uniquement comme l’élément cristallisé pierre sur cette terre.1 »
 
La conscience, refusant de mourir à ses limitations, s’accroche à l’illusion meurtrière de la séparativité ; elle s’empare de la révélation et la transforme en objet de croyance. Cela fonctionne ainsi et Petros typifie cette séparation là, c’est-à-dire le stade de l’humain encore animal dont la conscience individualisée est refermée sur soi et non encore ouverte à la conscience cosmique.
Il existe une maladie dite “maladie de la pierre”, d’origine génétique ; elle pétrifie les muscles qui s’ossifient et finissent par immobiliser complètement celui qui en est atteint. Aurait-elle sa correspondance dans l’organisation des religions actuelles ?
Loin des enseignements infantilisants, nous pouvons maintenant avoir une nouvelle compréhension plus saine, plus vraie, plus porteuse de vie des événements rapportés et des interférences des témoins qui mêlent, inconsciemment il faut l’espérer, leurs limitations aux Enseignements réellement donnés. Ce qui n’empêche pas que Petros, comme Paulos, sont allés jusqu’au bout de leurs possibilités, en donnant leur vie pour la cause qu’ils défendaient e qu’ils ont été, à leur mesure, héroïques.
 
L’imagination humaine a été, au cours des millénaires précédents, amenée à diviniser et à diaboliser les forces de la nature, dans toutes les religions exotériques. Seuls, quelques êtres d’exceptions ont pu s’élever au-dessus de cette limitation pour recevoir une initiation d’origine non-humaine, adaptée à leur époque, à leur mentalité, au degré d’évolution de la matière dont ils étaient pétris. Ne faut-il pas distinguer d’une part l’imagination vraie qui produit une représentation du monde permettant de trouver le Chemin des Etoiles, entendez l’accès à l’existence au-delà du temps, de l’imagination fantasmatique qui a produit aussi bien certaines représentations infantiles d’un Dieu-Père barbu que d’un Diable noir et cornu ! Il y a un au-delà des images… Dans l’Islam, la représentation d’Allah, de l’Unique-sans-second, est vue justement comme impossible, ce pourquoi elle est interdite. Mais, cette interdiction amène les fanatiques musulmans à détruire des représentations extérieures au canon avec un aveuglement destructeur. Comme il a poussé maints chrétiens à brûler, sans l’ombre d’une compréhension, les idoles des autres, et non les leurs !
La divinisation et la diabolisation des énergies de la vie maintiennent toujours dans la dualité. Les formes-pensées mises en place durent quelques siècles, quelques millénaires, puis sont remplacées par d’autres tout aussi évanescentes, n’ayant pas d’existence en soi depuis l’Origine, mais trouvant leurs origines dans l’erreur, dans l’ignorance, qualifiée à tort de faute ou de péché.
Au contraire des religions dites primitives, plus près de la Source, qui vivent avec les forces de la nature en voyant l’unité du tout, les religions issues d’Abraham accentuèrent essentiellement le dualisme. Satan, lorsqu’il est personnifié dans l’Ancien Testament, est compté parmi les “fils de Dieu” et se présente devant Dieu avec les anges : « Mais le Satân vient aussi avec eux ». (Job 1, 6) A deux reprises, il obtient de Dieu l’autorisation de tenter Job. L’homme ne perçoit pas que la cause du mal, comme celle du bien qui en résulte, est en lui-même, et il tend à personnifier leurs principes dans des représentations extérieures infantilisantes. « Oui Elohîm a créé l’humain pour l’incorruptibilité, il l’a fait à l’image de sa propre éternité. Mais par l’envie de Satân, la mort est venue dans le monde, et l’éprouveront ceux dont elle est le lot. » (Sagesse 2, 23-24).
L’Ancien Testament n’oppose pas le Diable à Dieu et le premier n’agit qu’avec l’autorisation du second.
« Dieu est donc, dans l’Ancien Testament, à la fois le Bien et le Mal. Le Diable n’est que son serviteur et l’on ne trouve jamais de conflit qui colore si fortement le Nouveau Testament, où le Diable apparaît toujours comme l’ennemi de Dieu et le “Prince de ce Monde” en opposition avec le Roi des cieux. Dans sa reddition à la volonté suprême, la théologie vétéro-testamentaire ne conçoit qu’un pôle unique dans l’univers, et le Diable n’y tient jamais qu’un rôle harmonisé avec les volontés du Créateur. [10] »
Un proverbe juif le souligne ! « Dieu se promène avec le Diable sous son bras. »
Pierre - la communauté des hommes s’entend - est dans la dualité ; la conscience humaine est divisée alors que Iéshoua‘ est dans la conscience cosmique unitaire. Pierre ; c’est encore une conscience d’animal humain dans ses contradictions insolubles.
Chez les Dogons des falaises de Bandiagara, au Mali, Guézo, le dieu suprême créateur est à l’origine du bien comme du mal[11]. Cette pensée est générale chez maints peuples dits « primitifs ». Les doctrines dualistes iraniennes ont influencé considérablement les écrits bibliques.
Il n’existe pas de principe du Mal en dehors du mental humain. Celui-ci est la résultante d’une erreur humaine qui peut être corrigée. Elle a provoqué l’apparition du Bien qui vient alors équilibrer ce Mal, mais qui se dégrade lui-même en Mal lorsqu’il ne sert pas de tremplin pour arriver au Juste ; celui-ci ne qualifie rien, mais est produit par la Source, sans interférence.
Dans le Coran, le statut d’Iblîs est en partie semblable à celui que l’on trouve dans le Livre de Job. Il refuse de se prosterner devant l’Homme créé par Allah :
« “Ô Iblîs, qui t’empêche de te prosterner
devant celui que j’ai créé de mes mains ?
T’enfles-tu ou bien es-tu parmi les Superbes ?”
Iblîs dit : “Je suis meilleur que lui :
tu m’as créé de feu, tu l’as créé d’argile.” »
Il est alors maudit. (Sourate 38, 75-76)
De là découle l’imagination d’un enfer éternel où sont torturés les méchants. Une abomination qui justifie la torture en ce monde de ceux jugés méchants et hérétiques, soumis à satan, par ceux qui se prétendent justes ! Cette croyance est abominable. Teilhard de Chardin, victime de la censure ecclésiastique, disait qu’il croyait à l’enfer puisque l’Eglise l’exigeait, mais qu’il croyait qu’il était vide ! Belle pirouette de Jésuite qui montre bien que la fausse autorité ecclésiale ne peut que se déliter.
Farid-od-din’Allar, conteur et mystique soufi, montre que Lucifer au contraire est un véritable Fidèle d’Amour qui, lorsqu’il en reçoit l’ordre, ne peut plier son genou devant l’homme, devant un autre que Lui, son Seigneur. Il est damné, maudit et devient alors Satan. Il accueille la sentence de toute son âme : « La damnation était semblable à la flèche lancée par le roi qui fixe d’abord la cible avant de tirer, car avant de lâcher la flèche, on doit d’abord viser la cible. Lui, à ce moment-là, ne voyait pas la flèche, il ne voyait que le regard du Bien-Aimé qui se posait sur lui. Il n’a jamais pu l’oublier un instant.[12] »
Tous les mythes, la guerre entre Michaël et ses anges contre Lucifer et ses démons, l’existence d’un enfer éternel, alors qu’il est temporaire, ici bas, comme le paradis terrestre, l’histoire du serpent et de la pomme, etc. sont des images infantiles et… infantilisantes ; celui qui veut accomplir la Vie se doit de dépasser de telles limitations en aiguisant sa conscience.
« Pour vivre l’ILLIMITE, pour remettre les aiguilles de l’Horloge terrienne dans le processus normal de l’activité Originelle, il faut tout d’abord s’interdire de “penser avec les alternances de pensées”. Cela veut dire :
d’apprendre à ressentir en Continuité d’Energie
à se refuser d’être continuellement ballotté entre le haut et le bas, le Bien et le Mal, la souffrance et la joie, l’amitié et l’inimitié, mais à servir la Continuité de Vie qui est au-delà des alternances.[13] »
L’épisode de la tentation du Christ dans le désert, par le diable, n’est pas rapporté par Iohanân. Marcos ne rapporte pas le dialogue entre Iéshoua‘ et Satan que Loucas et Matyah développent semblablement :
« Iéshoua‘, rempli par le souffle sacré, revient du Iardèn.
Il est conduit dans le souffle du désert, quarante jours,
éprouvé par le diable.
Il ne mange rien pendant ces jours. Quand ils sont terminés, il a faim… » (Luc, 4, 1-2)
Y eut-il des témoins de ces quarante jours symboliques ? Nous avons déjà donné le sens de “quarante” décrypté par la Kabbale. Qui a rapporté ce dialogue ? Il est conforme aux croyances de l’époque. Mais assurément, c’est un combat intérieur qui se livre. Iéshoua‘ peut-il utiliser le pouvoir qu’il a de transformer une pierre en pain ? Peut-il se prosterner devant ce qui n’est pas “l’Unique-sans-second” ? Il ne peut y avoir Lui et les royaumes de l’univers ! Il n’a nul besoin de se jeter du haut du temple pour prouver qui Il Est.
Mais la Vie ne transformera-t-elle pas l’église pétrifiée en Energie-Amour, le véritable “Pain” indispensable aux humains ?
Dans ces limitations bien visibles, ce Shim‘ôn-Petros, au lieu de laisser l’Energie Christ fonder sur la Communauté des hommes, Son Eglise, croit que le Christ fonde sur lui et lui seul, son Eglise à lui ! Il revendique ensuite ce pouvoir d’être le fondement, et ses successeurs s’attachent depuis des siècles à ce contre-sens ! Iéshoua‘ n’était certes pas sans savoir ce qui allait advenir… Il voyait ce Shim‘ôn-Petros et les autres autour de lui, non dans leur relativité seulement, mais aussi dans leur être essentiel.
“Bienheureuse faute qui nous valut un tel rédempteur”, a-t-il été écrit par Paulos dont certaines options repoussent de deux mille ans la prise de conscience essentielle. Chacun est son propre rédempteur dès lors qu’il “prend sa croix”, c’est-à-dire accepte de vivre son incarnation ; chacun ayant été responsable de son “erreur à l’égard de l’Origine”, il lui appartient de rectifier le tir pour ne pas manquer la cible, ce qui est le sens premier de “péché” ! « Les conséquences d’une “cible ratée”, ce sera de tirer une autre flèche en visant mieux ![14] »
 
Quand le Rabbi parle par parabole à un peuple de pasteurs, il image son enseignement pour être à leur portée. L’humain n’a jamais été appelé à être mouton de Panurge ! Les juifs à qui Iéshoua‘ a enseigné n’ont jamais été des gens soumis, mais de perpétuels révoltés contre Pharaon, Nabuchodonosor, et autres Césars, contre l’occupant romain et les collaborateurs de l’époque. L’Agneau de Dieu n’a rien à voir avec un petit mouton qu’on mène à l’abattoir ! Il le sera dans toutes les guerres, avec la bénédiction de ceux qui se disent les “pasteurs” ! En Langue Racine, la Langue à l’Origine de toutes les langues, “Agneau” vient de Agni, le Feu ! Et c’est tout autre chose ! Christ est venu apporter le Feu sur Terre. Isha (Eve) est l’Epouse du Feu ! Mais ces hommes ont peur de la Femme, du Feu de l’Âme qu’elle est !
Le mot “brebis” n’est pas non plus à prendre au niveau terre-à-terre ! « Le mot biblique brebis, au pluriel Rehhelîm, n'est autre que Rachel, la bien-aimée de Jacob, au masculin pluriel ! Quelle merveilleuse ouverture sur tout le mythe cosmique ! Quelle envolée ! Et, pour ceux qui savent lire, le Rabbi s'est nettement déclaré Jacob, qui est Israël.
Les Rehhelîm, c'est la multitude de chair qu'épouse dans ces retrouvailles le Un, enfin uni en sa plénitude ![15] »
Il est débilitant de suivre en bêlant des prières stéréotypées, même celles dites par celui que l’on qualifie de “Bon Pasteur” alors qu’il en est donné une caricature ! Ou par ceux qui en usurpent la place et empêchent son retour, ici et maintenant, dans l’intime de soi.
Les mots, cent fois traduits, sont vidés de tout sens et de toute substance ! Il ne s’agit pas de revenir à l'état animal ! Ni loup, ni mouton ! Homme conscient, Homme Parfait de la Tradition primordiale, le Adam-Qadmon originel, androgyne, ayant intégré en lui son autre polarité.
 
Si le Rabbi a dit : “Je serai pour vous une occasion de chute”, il l’a été déjà pour Pétros. Il l'est constamment, car ses paroles proviennent d'univers pour lesquels nos langues et nos grammaires n'ont pas de mots pour dire. Paulos avouait : « Oui, maintenant nous voyons dans un miroir, en énigme ; mais alors face à face. Maintenant je connais partiellement : alors je connaîtrai comme je suis connu. » (I Cor. 13, 12)
C’est un manque de bon sens que de prendre à la lettre les écrits de Paulos ! Alors qu’il avoue être partiellement inspiré ! (I Cor. 13, 9) Il invite même chacun à devenir adulte, ce qui signifie entrer dans la foi vivante en la vie et non rester dans la croyance séparatrice. « Quand j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je jugeais en enfant. Mais devenu homme, j’ai aboli ce qui était enfant. » (I Cor. 13, 11) 
Hélas, que n’est-il resté semblable à un petit enfant ! Selon la parole dite : “Laissez les enfants venir à Moi, le Royaume de Dieu leur appartient”. Mais là, « Jésus ne veut pas parler de l’enfant selon la nature de la dualité, mais Il veut exprimer ici l’ENFANT-CHRIST, celui de la Nature Originelle que chacun doit faire naître en soi à l’aide de la Connaissance qui facilite la compréhension des choses voilées… Seul, cet Enfant là possède les clefs du royaume du Père.[16] »
 
 
Idées forces :
 
- Pierre a un comportement imprévisible et ne comprend pas l’Enseignement donné par Jésus.
- En hébreu, le mot pierre signifie toujours, en terme de Kabbale, « le fondement de tout ce qui est ».
- Simon-Pierre, pétrifie tout dans la dualité et Jésus l’utilise consciemment.
- Les représentations de Dieu et du diable, de l’enfer et du paradis sont nées de l’imagination fantasmatique humaine.
- L’Eglise de Pierre transforme la révélation en croyance et pétrifie ainsi l’être humain.
- Le diable, l’obstacle, la dualité sont nécessaires pour que l’Homme réalise sa vocation.

 
 
[1] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésusop. cit., p. 38.
[2] Idem.
[3] Ibidem.
[4] Georges Minois, Le Diable, PUF, 1998, p. 12-13.
[5] Le feu du dedans, Gallimard, 1985, p. 44-45.
[6] Voir Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux, op. cit.
[7] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésusop. cit., p. 23.
[8] Idem, p. 43-44.
[9] Ibidem, p. 112.
[10] Gérard Messadié, Histoire générale du Diable, R. Laffont, 1993, p. 331.
[11] Voir Dieu d’eau, op. cit.
[12] Régor, Contes qui coulent de Source. La quintessence du conte, EDIRU, 2006, p. 229.
[13] Platon le Karuna, La Science de l’Infini, Les Editions de la Promesse, 2002, p. 87.
[14] L’Inspiration, op. cit., p. 265.
[15] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, op. cit., p. 39.
[16] Du Maître à l’élève, op. cit., p. 48.





 
 
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