Physique et Métaphysique :  

Contes, légendes et poèmes soufis.

Symbolisme des images rencontrées sur les chemins de la Vouivre...


 
Chapitre XI


Quelques réflexions à propos de la Genèse
 
et de la Bible en général
 
 
« Vois comment ton mental a élaboré les Choses, et vois ainsi qu’en croyant aller jusqu’au fond des choses tu ne fais que pénétrer et multiplier la Solidité des choses et ainsi tes limites, et ne dépassant pas la carapace des choses, ne peux point pénétrer en leur Essence qui est Leçon de Choses. »
 
Emmanuel-Yves Monin. La Voie du Couple.
 
 
Depuis des siècles, la Bible se lit dans toutes les langues de la terre. Mais dans quels textes ? “Traduction trahison”, « Tradutore traditora » en italien, est un dicton qui doit remonter à la première traduction ! Les traductions d’un même texte varient au cours des siècles, selon les présupposés mentaux des traducteurs, leurs croyances, leurs opinions, et sont la résultante des conditionnements socioculturels de l’époque où ils œuvrent. Cela semble une évidence de bon sens !
Quand saint Jérôme traduit, dans la Genèse, « le fruit de l’arbre » par « la pomme », il met en place beaucoup d’incompréhension, et le pommier ne pousse pas sous toutes les latitudes !
Comment traduire une langue ancienne qui a plusieurs niveaux de lectures, au moins trois : littéral, analogique et anagogique ? Quand ce n’est pas sept ! Voire soixante-dix-sept ! Comment traduire une langue lorsque les voyelles ne s’écrivent pas et que la lecture peut être différente selon que l’on mette ici ou là telle ou telle voyelle ? En Hébreu, « A, E, I O, OU sont indiquées dans la Bible au moyen de signes placés sur ou sous les lettres, ou au milieu. Elles modifient le sens des mots de la langue profane, mais non celui des schèmes de la langue sacrée.
[1] ». Toutes les langues ne peuvent la refléter véritablement à moins d’un traducteur divinement inspiré ! Dans la religion hébraïque, il est expressemment interdit de prononcer le Nom de Dieu. Il est imprononçable, seul le Silence peut rassembler tous Ses Noms[2].
Qu’en est-il du livre de la Genèse ? Fabre-d’Olivet écrit : « le livre de Moyse n’a jamais été exactement traduit. Les versions les plus anciennes que nous possédions du Sépher, (…) n’en rendent que les formes les plus extérieures et les plus grossières, sans atteindre à l’esprit qui les anime dans l’original.
[3] »
Pourtant, la Bible, le livre dit-on le plus vendu dans le monde, et le plus traduit également, continue dans les versions courantes à colporter maintes inepties qui servent de credo à ceux qui ont peur de la vie et se raccrochent à des pseudo-certitudes qui les enferment dans l’erreur, la culpabilité et la rêverie fantasmatique. Cette affirmation s’étaye sur l’œuvre de Carlos Suarès et tout particulièrement La Kabale des Kabales ? La Genèse d’après la tradition ontologique
[4], longuement citée dans les chapitres précédents. Mais qui lit ou peut lire une telle œuvre ?
Si l’on fait une lecture littérale des premiers versets de la Genèse, nous dit cet auteur, l’invraisemblable saute aux yeux de qui ne s’aveugle pas d’une foi stupide ! Au troisième jour se fait la création de toute la végétation alors que le soleil et la lune ne sont créés qu’au quatrième jour ! Un non-sens, sauf de recourir à un autre niveau… Pris dans son sens littéral, la création du monde rapportée par la Genèse est donc erronée. La Conscience, toujours identique à elle-même, se projette dans sa création pour se connaître. Elle se voit alors dans le miroir qu’elle a créé et cette projection vivante ne cesse de se parfaire entre son commencement et sa fin jusqu’à ce qu’elle devienne ce qu’elle est en soi.
 
L’Homme Parfait, est le Adamm, schème signifiant : situé “au-devant de” ; Addam-Qadmonn serait le premier homme androgyne. Il est à l’Origine, au-delà de cet espace-temps, et il le sera à la fin lorsque, ayant vécu totalement le cycle involution-évolution, l’humain deviendra ce qu’il n’a jamais cessé d’être dans le Principe. Il reconnaît chaque espèce vivante sur terre, qu’il nomme, et aucune n’échappe à la fixation de son espèce.
Fabre-d’Olivet, restituant la Langue hébraïque, traduit ainsi les versets de la Genèse qui rendent compte de la création de la première femme :
« Ensuite, il dit, IHÔAH, l’Être-des-êtres, il n’est pas bon qu’Adam soit dans la solitude de lui-même : je lui ferai une compagne, une aide élémentaire, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion de sa lumière.
[5] » (Genèse II 18)
« Alors IHÔAH, l’Être-des-êtres, laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s’endormit soudain ; et rompant l’unité de ses enveloppes extérieures, il prit l’une d’elle et revêtit de forme et de beauté corporelle, sa faiblesse originelle.
[6] 
Ensuite il rétablit cette enveloppe qu’il avait extraite de la substance même d’Adam, pour la faire servir de base à celle d’Aîsha, sa compagne intellectuelle ; et il l’amena vers lui.
[7] » (Genèse II 21-22)
Carlo Suarès traduit ainsi cet événement :
« De l’ombre mouvante
   Est construit le corps insaisissable
   De l’épouse du Feu
   Afin que Icha naisse de Ich
   Cependant qu’Adamm est plongé Metabhatt (dans l’abîme)
[8] »
Ich est le Feu, et Isha est celle qui naît du Feu. Elle préexistait en Ich. « Elle s’incarne ici en même temps que s’incarne Adamm. Faite de sa chair la plus obscure, elle est aussi sa partie la plus dynamique. Adamm, enfoncé dans ce que sa chair a de plus pesant, ne pourra plus faire un seul mouvement spontané. Le Aleph enterré vivant ne pourra qu’attendre la transformation de la femme. C’est d’elle qu’il naîtra désormais, mais c’est par elle surtout qu’il mourra.
[9] » C’est pourquoi la voie de l’homme passe par la femme alors que la voie de la femme ne passe pas nécessairement par l’homme, comme il a été dit dans La Voie du Couple[10]. Icha devient la réalité corporelle de Adamm, et met les enfants des hommes au monde. « Esch Me-Maïm : le Feu dans les Eaux : c'est ainsi que la Cabale définit Adâm », précise cet auteur, comme nous l’avons déjà dit.
C’est le temps dit du Paradis terrestre, de l’Âge d’Or, celui de la période lumineuse d’Adam. Le second Adamm s’incarne dans les siècles pour un douloureux devenir dû à son erreur à l’égard de l’Origine, qui le ramènera dans le hors temps, au royaume de son essence. Il a vocation à retrouver son androgynie première comme il est dit dans l’Evangile de Philippe : « Quand Eve était en Adam, la mort n’existait pas. Après qu’elle fut séparée de lui, la mort survint. S’il la reprend en lui et retrouve son être premier, il n’y aura plus de mort.
[11]  »
C’est ce Feu, Ich, que l’humain se doit de laisser vivre en lui, pour retrouver son statut premier. L’Evangile de Thomas rapporte :
« Jésus a dit : “J'ai jeté un feu sur l’univers, et voici : je veille sur lui jusqu'à ce qu'il embrase.” » (L. 10)
Mais également, « Jésus dit : “Celui qui est près de moi est près du feu, et celui qui est loin de moi est loin du Royaume.” » (L. 86)
Ce Royaume n’est pas de ce monde, bien qu’étant dans ce monde ! Etre dans l’intemporel, c’est voir que ce fait se vit dans la conscience de chaque humain dans un éternel présent. Penser un au-delà du temps est-il possible ? Certes non pour la pensée humaine faite de durée. Il est primordial de renoncer à ce mode de penser et de laisser jaillir le « Penser » qui vivifie. Ce n’est pas pour rien que l’image est maintenue de Moïse, de l’Ange, du saint ou de la sainte qui fait jaillir l’eau guérisseuse du rocher !
Traduire le premier mot de la Genèse par « Au commencement » c’est voir qu’à partir de l’Unique, il y a comme-ensemencement ! Le traduire par « Entête », comme le fait André Chouraqui, c’est l’entêtement de l’incompréhension mentale humaine qui est mise en avant comme point de départ de la Création… et surtout de la contre-création ! La Conscience créatrice se reflète dans l’Univers créé, et au Seuil du Mystère, seul le Silence intérieur peut nous ouvrir au sens de cette dualité… L’Unique-ce-qui-Est, le Un-sans-second… est deux dans SA manifestation, mais deux qui ne font qu’UN !
Ontologiquement dans l’alphabet français, le A, passage du non manifesté au manifesté, n’existe pas sans le B, concrétisation de la matière ; ou, dans l’alphabeith hébreu, le Aleph sans le Beith. Et réciproquement. Saisir alors, en Esprit, ce qu’est l’Unité-Duelle :
« Le Commencement est Deux, le Créateur et son Œuvre de Vie, inséparables l’un de l’autre en chacun des êtres vivants, formant l’Unité et sa Pluralité…
[12] »
 
Survolons quelques épisodes de la Bible pour ouvrir notre compréhension. Il y est rapporté le Déluge, la destruction par l’eau (alors que ce cycle actuel se termine à l’évidence par le déluge du Feu), et la séparation alors de l’Orient et du Moyen-Orient qui gagna l’Occident :
« Lorsque, du légendaire mont Ararat, descendit dans les plaines purifiées le Testament d'une ancienne civilisation engloutie, il se sépara en deux tronçons. A l'orient, le Aleph brilla dans un ciel mythologique et les peuples, hypnotisés dans leur dévotion, le contemplèrent. Ce fut Brahma.
A l'occident, le Aleph, par les Hébreux, entra dans les chairs qu'il travailla. Ce fut Abraham. Deux processus inverses et complémentaires : le A à la fin du mot, le A au début du mot, et ce furent deux traditions totalement différentes. En Orient, le Aleph, toujours présent, vieillit sur l'Arbre de la connaissance, se dessèche et est remplacé par un autre fruit, sur le même arbre. En Occident le Aleph meurt, son fruit tombe et pourrit, et un nouvel arbre naît. C'est une succession de morts et de résurrections.
En Abraham, qui naquit dans la Lumière des magiciens en Chaldée, l'Immanence lui dit : “Quitte ce pays ! Va Lekh lekha vers toi-même, dans le monde des conflits !” Il y alla, porteur de l'intraitable Immanence, créatrice et destructrice de formes neuves qui vieillissent et pourrissent et tombent et sont remplacées par des formes neuves, qui, à leur tour, indéfiniment (...)
[13] »
Car en effet, vers quelle Terre Promise faut-il aller si ce n’est vers soi-même ? Il y a en effet « " deux vérités, l'une relative, celle de l'arbre de la connaissance du bien ET du mal, du beau ET du laid du riche ET du pauvre etc..., vérité de notre "condition ordinaire" celle de l'identification au "duel"...
 L'autre Vérité, celle de l'Arbre de Vie, sans "pourquoi"... sans "condition",...celle "du EL", qui ne connaît pas de condition relative et qui pourtant englobe tout, tout sans en être affectée!.... que cela soit à Rome ou ailleurs, ici ou là.... cette Vérité EST.... Avant la "Sortie d'Eden", le Monde du EL, est le LIEU de (la) VIE... et la VIE ne meurt pas! Ce qui est époustouflant, c'est que nous n'avons jamais été "séparé" de cet "état d'auto-perfection" !
Notre condition authentique est un peu comme un miroir, sa Nature n'est en rien affectée quelles que soient les images reflétées... elle demeure immaculée...
[14]»
 
Joseph, lui, vendu par ses frères, fait ensuite « venir les siens dans la matrice égyptienne.
[15] »
Là, le peuple juif se développe en milieu favorable, mais ressent les premières contractions d’un accouchement douloureux. Pharaon les opprime et intensifie son oppression jusqu’à l’expulsion. « A partir de ce moment-là, se constitue un peuple qui se charge de projeter l'intemporalité appelée Israël, dans la temporalité de cette énergie contradictoire. Le personnage mythique qui a déclenché le mouvement, Mosché, “feu dans l'eau” (Moïse), abdique entre les mains de Jethro et d'Aaron, et disparaît. Et l'on voit ici se produire le phénomène extraordinaire d'un lien intime et contradictoire entre les Juifs et leur Dieu : le même que nous avons qualifié de in conjunctio oppositorum en ce qui concerne Simon-Pierre et le Rabbi. En le Rabbi comme en Mosché, il y a eu pénétration du “Feu” cosmique dans l'Eau primordiale (Jean-Baptiste baptise par l'eau, le Rabbi par le feu de l'Esprit : les symboles abondent). Le cadavre du Rabbi disparaît comme celui de Mosché. Deux hommes, Paul et Pierre, assument la succession, tout comme les deux Jethro et Aaron. Le Rabbi apporte la libération des esclaves tout comme Mosché libère le peuple en esclavage.
[16] »
Nombreuses sont les beautés fulgurantes de cette Bible qui contient le meilleur ! Mais aussi le pire !
Déjà au Sinaï, l'histoire raconte que :
« Moshè monte avec Aarôn, Nadab, Abiou
et soixante-dix des Anciens d'Israël.
Ils voient l’Elohîm d'Israël
et sous ses pieds comme un fait en briques de saphir,
comme l’os des ciels en pureté.
Il n'envoie pas sa main contre les nobles des Benéi Israël.
Ils contemplèrent l’Elohîm, mangent et boivent. » (Exode 24, 9-11)
Qu’ont-ils vu ? Une apparition, un Aspect-Reflet qui n’est en rien la Totalité de ce qui peut être appelé Dieu !
Ayant cru avoir vu Dieu, Moïse, Aaron et les autres imposèrent des lois et l'obéissance à ces lois. De même, « Pierre, ayant cru comprendre que le Rabbi était définitivement parti dans des régions inaccessibles jusqu’à la fin de ce monde, assuma la charge de le remplacer tant que ce monde durerait.
[17] »
Moïse descendant du Sinaï avec ses dix Commandements, parmi lesquels : « Tu n’assassineras pas » (Exode 20, 13), se met dans une telle fureur à la vue du veau d'or qu'il lance aussitôt l'ordre suivant :
« Ainsi dit IHVH Adonaï, l’Elohîm d'Israël :
Mettez chacun l’épée à la cuisse.
Passez et retournez de porte en porte dans le camp.
Tuez, l’homme son frère, l’homme son compagnon,
l’homme son prochain ! » (Exode 33, 27)
Trois mille hommes moururent ce jour-là. Y eut-il jamais pire contradiction chez les descendants de Caïn
[18], d’Abel et de Seth, les fils d’Adam et d’Eve ! Et le meurtre n’a cessé de s’amplifier tout au long des siècles suivants.
Yahweh, dieu jaloux, velléitaire, coléreux, contradictoire, est une projection du mental humain des hommes de ce temps, avec toutes leurs contradictions. C’est un non-sens !
L’Amour est pourtant à la Source de la Bible si l’on en fait une juste lecture ésotérique.
[19]
« Quand la vie d'Aleph est donnée à Abram, il devient Abraham, avec le correspondant ajouté h —> H dans notre écriture) et Beith en vie serait Beith-Hé h◊. Par conséquent, Aleph-Hé-Veith-Hé (hvha = 5.2.5.1, lus de droite à gauche) serait en cette personne et cette personne serait dans ce schème, serait l’intégrité même de ce schème. Celui-ci, prononcé Ahavah, signifie amour en hébreu ![20] »
L'Energie de la Vie est essentiellement AMOUR. AMOR, A privatif de Mort.
Arrivé en terre promise, Josué s’emploie au massacre, se livre à sa conquête et commet ce qui serait aujourd’hui appelé un génocide ! Actuellement encore, les descendants d’Abraham, dit le père des Croyants, s’entretuent sur cette même terre dans l’incompréhension et la haine !
Isaïe dit véritablement de Yahweh, « Il a créé le mal », affirmation si scandaleuse qu’elle est traduite pudiquement par « Il a créé tout » !
Où est-il rapporté, dans cet Ancien Testament, la victoire de la Vie sur la mort ?
Si Moïse et Élie apparaissent sur une montagne à Jésus et aux apôtres, c'est qu'ils sont Vivants. A travers la mort, la possibilité est donnée de devenir un Vivant éternel, mais la restitution du corps physique à la Matière est inévitable pour tout être incarné sur cette terre. « Même les Bouddhas n’ont sur Terre qu’un droit de passage et doivent, à la Terre, restituer la part de matière qui les a fait naître visibles, même si leur corps en esprit demeure toujours Vivant et Présent.
[21] »
Très souvent, l’histoire biblique s’habille de maintes interprétations. Toujours, les mêmes événements se répètent au cours des siècles. Le pouvoir des oppresseurs s’endurcit pour obliger l’homme à trouver en lui-même le pouvoir d’une authentique “Libération”, le Pouvoir de se libérer de sa contre-nature pour faire retour à l’Or Originel. « Cette loi, absolue, est la seule qui mène l'humain à sa maturation. C'est la loi de la compression-explosion en quoi se manifeste la Conscience cosmique dans l'inévitable retour à elle-même du fragment individué qui s'était enrobé dans sa propre projection.
[22] »
Le peuple juif joue, comme tous les peuples, le jeu sublime et tragique de la Contradiction cosmique. Les consciences terrestres, à travers toutes les oppressions, progressent et l'humain naît maintenant à sa vocation. La maturation se fait en chacun et chacun se prépare au “Retour du Christ” en lui, Pierre Vivante du Temple Divin.
Les Juifs sont continuellement dans la contradiction, ils se croient porteurs de l'Immanence de leur Dieu, Yahweh, mais celui-ci n’est jamais transcendant. Il est même  très souvent à leur simple image ! La corruption s'infiltre aussi bien chez les Juges que dans le peuple ; et un jour le peuple rejette Yahweh, car malgré les sévères avertissements de Samuel, il lui dit : « Donne-nous un roi pour nous juger ». Samuel, consultant alors Yahweh, lui fait dire : « Entends la voix du peuple, et tout ce qu’ils te diront, car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté : oui c’est moi qu’ils ont rejeté pour que je ne règne pas sur eux,... » (Samuel I, 8, 6 puis 7)
Infantiliser les humains par l’enseignement de notions, de croyances, de credo, etc. ... a des conséquences pernicieuses. Les rectifications entraînées sont de plus en plus sévères, et persévérer dans cette erreur est suicidaire. Toujours sont aux prises, dans toutes les religions organisées comme chez le peuple juif, le temporel et l'intemporel ; ils réagissaient l'un sur l'autre. Mais le temporel l’emporte le plus souvent, ce qui mène à la destruction. Alors, tout se disloque inévitablement selon le cycle trinaire création-conservation-destruction pour que la vie jaillisse, toujours neuve.
Les juifs, au retour de l’exode, ont oublié jusqu’à leur langue ! La religion chrétienne, alourdie de dogmes de plus en plus nombreux, devient de moins en moins opérative. Toutes les traditions se dégradent. Mais l’esprit souffle où Il veut et quand Il veut, car la Création ne peut qu’aller à son terme. La condition humaine assumée est grosse de l’Homme Parfait. 
Le Dieu que présente la Bible lue littéralement est une caricature, une projection des désirs humains. Les Juifs ont engendré Yahweh. Il faut attendre le Christ pour que l’homme prenne conscience, en Occident, de son immortalité. C'est nous, en notre conscience propre, qu'il appelle.
Le Dieu d’Abraham est celui de la pensée humaine, il vient pour punir. « Avec lui s’ouvre la période où votre être doit subir la souffrance qu’il a créée par des états successifs de non-compréhension et de non-obéissance à la LOI et qu’il doit subir pour se purifier et se laver de toutes ses fautes.
[23] » Au contraire est « le DIEU D’AMOUR, la Nouvelle Eglise. Celle qui va vous faire connaître votre Hérédité, Celle qui va vous faire découvrir le côté Divin de votre être et ensuite l’ARCHE DE LA NOUVELLE ALLIANCE où l’homme se reconnaissant lui-même, retrouve la Divine Patrie.[24] »
Les contre-sens possibles sont nombreux. Ainsi : “Perdre sa vie pour retrouver la Vie” n’est pas, bien au contraire, “se priver de soi-même”. Accéder au Tout n’est pas obéir passivement, accepter les dogmes, se livrer à des disciplines, abandonner son propre jugement, se soumettre à des rigueurs monastiques... C’est se fondre dans le Soi.
La dévotion sentimentale des tièdes est loin de la Vie, de son Énergie, qui est Feu, Incandescence et Explosion. Le règne du quantitatif est fade, incolore, débilitant, et le simple bon sens disparaissant, nous voyons s’étendre le règne de la bêtise.
La Vie est toujours neuve, et « neuf est le chiffre de l’immortalité.
[25] » En hébreu, neuf se dit Teith. « Le Teith psychique encore jeune capte l'Énergie cosmique dans sa mémoire d'espèce, à la façon des végétaux et des animaux selon leur espèce (Gen. I). Le Teith psychique, mûri par des siècles de conflits où se sont heurtés les deux pôles de la Contradiction, parvient enfin, au temps de Ponce Pilate, à unifier cette Énergie dédoublée, par la fécondation mutuelle de ses deux vies. La vie s'écrit en Cabale, . fécondant s'écrit Hé-Waw-Hé. Entrée en existence, cette équation s'écrit Yod-Hé-Waw-Hé, que l’on prononce Yahweh ou que l’on s'interdit de prononcer, ce qui personnifie une divinité : “l'Éternel”.[26] »
Les peuples d’Indochine pour qui la fête du Renouveau s’appelle « fête du Teith » sont aussi divinement inspirés !
 Que ce soit pour l’Ancien ou le Nouveau Testament, il en est comme pour toute religion : « Les choses spirituelles ne peuvent pas plus être “fixées” que les choses vivantes. Lorsque cesse la croissance, il ne reste plus qu’une forme morte. Nous pouvons bien conserver les formes momifiées à titre de curiosités historiques, mais non pas la vie.
[27] »
Neuf est le dernier chiffre du troisième monde ternaire (7, 8, 9) et en lui « il y a alors l’Ultime Réalisation, l’ÉPOUSÉE, qui indique le moment précis où le Fils en tant qu’Energie masculine s’unit à l’Epouse dans l’acte d’amour et LES DEUX EN UN VONT AU PÈRE : C’est l’Androgyne.
[28] »
 
 
 
Idées forces :
 
- Une lecture littérale de la Bible n’a pas de sens.
- Ish (Eve), c’est le Feu, et Adam, « le Feu dans les Eaux ».
- Le Commencement est deux.
- Faire retour à sa maison, c’est aller vers soi-même.
- Prendre les textes dits sacrés à la lettre est infantilisant.
- Rien n’est jamais fixé. Tout est toujours neuf pour l’aboutissement qu’est le retour à l’androgynie.

[1] Carlo Suarès, La Kabale des Kabales, avant propos de l’Enfant, p. 2.
[3] La Langue hébraïque restituée, op. cit., p. 5.
[4] Edition enrichie de caractères hébraïques et commentée par un enfant, Printemps 2001.
[5] La Langue hébraïque restituée, op. cit., Genèse II 18, p. 315 .
Traduction littérale : « Et-il-dit, IHÔAH, LUI-l’Être-des-êtres, pas-bon être-Adam (l’homme universel) dans-la-solitude-sienne : Je ferai-à-lui une-force-auxiliaire (un soutien, un aide, une corroboration, une doublure) en-reflet-lumineux-de-lui. »
[6] Idem, Genèse II 21, p. 315 .
Traduction littérale : « Et-il-laissa-tomber IHÔAH, LUI-les-Dieux, un sommeil sympathique (mystérieux et profond) sur-Adam (l’homme universel) qui-dormit : et-il-rompit de-l’unité-une-des-enveloppes-siennes (extérieures) et-il-couvrit-avec-soin (il colora) forme-et-beauté-corporelle la-faiblesse (l’infériorité)-à-elle. »
[7] Ibidem, Genèse II 22, p. 315 .
Traduction littérale : «  Et-il-reconstruisit (consolida, rétablit dans son premier état) IHÔAH, LUI-l’Être-des-êtres, la-substance-des-enveloppes-extérieures, laquelle il-avait-rompu d’Adam (l’homme universel) pour- (baser) Aishah (la femme intellectuelle, la faculté volitive d’Adam) : et-il-amena-elle à-lui-Adam. »
[8] La Kabale des Kabales, op. cit. Genèse II 22.
[9] Idem.
[10] Emmanuel-Yves Monin, Edition Le Point d’Eau, 1991.
[11] Evangile de Philippe, v. 59.
[12] Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort, op. cit, p. 10.
[13] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, op. cit., p. 69.
[14] Philippe Laurent, correspondance.
[15] Idem., p. 48.
[16] Ibidem.
[17] Ibidem, p. 44.
[19] Quelques exemples de signification ésotérique des Enseignements du Christ :
 
http://r-r-y-mougeot.wifeo.com/-sens-esoterique-des-eneignements-du-christ-.php
[20] - Carlo Suarès, Je suis Caïn. Première publication dans Maitreya 3, 1972.
[21] Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort, op. cit., p. 18.
[22] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus,  op. cit., p. 49.
[23] Du Maître à l’Elève, op. cit., pp. 17-18.
[24] Idem.
[25] La Métaphysique des Chiffres, op. cit., Chap. « Dans l’Unité Tout est Neuf », p. 211.
[26] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, op. cit., p. 51.
[27] Lama Anagarika Govinda, Les Fondements de la Mystique Tibétaine, Albin Michel, 1960, p. 48.
[28] Du Maître à l’Elève, op. cit., p. 112.



 
 
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