Physique et Métaphysique :  

Contes, légendes et poèmes soufis.

Symbolisme des images rencontrées sur les chemins de la Vouivre...

 

Comment comprendre par l’Intelligence
 
le mythe de Caïn et Abel ?
« Entête » ou la Genèse
 
La Bible, le livre le plus traduit et lu dans le monde, dit-on, réserve bien des surprises ! Il est vrai que, depuis toujours le dicton « traduction, trahison » se vérifie continuellement.
Que n’a-t-on glosé sur la pomme qu’Éve aurait croquée !
Le mot hébreu justement traduit aurait dû être « le fruit de l’arbre », non le fruit du pommier : le fruit de l’arbre de la connaissance (du bien et du mal » ; non le second, l’arbre de vie
[1].
Pourquoi Yahvé permit-il à saint Jérôme de faire cette erreur ? Sans doute pour nous faire prendre conscience de la relativité des interprétations du mental humain. Et l’on sait et admet depuis peu que Jésus est né de 3 à 6 ans avant Jésus-Christ. !
Fabre-d’Olivet, restituant la Langue hébraïque, traduit ainsi les versets de la Genèse qui rendent compte de la création de la première femme :
« Ensuite, il dit, IHÔAH, l’Être-des-êtres, il n’est pas bon qu’Adam soit dans la solitude de lui-même : je lui ferai une compagne, une aide élémentaire, émanée de lui-même, et formée dans la réflexion de sa lumière.
[2] »

 
« Alors IHÔAH, l’Être-des-êtres, laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s’endormit soudain ; et rompant l’unité de ses enveloppes extérieures, il prit l’une d’elle et revêtit de forme et de beauté corporelle, sa faiblesse originelle.[3] 
Ensuite il rétablit cette enveloppe qu’il avait extraite de la substance même d’Adam, pour la faire servir de base à celle d’Aîsha, sa compagne intellectuelle ; et il l’amena vers lui.[4] » (Genèse II 21-22)
Les notions changent avec les époques et le kabbaliste Carlo Suarès traduit tout autrement cet événement :
« De l’ombre mouvante
   Est construit le corps insaisissable
   De l’épouse du Feu
   Afin que Icha naisse de Ich
   Cependant qu’Adamm est plongé Metabhatt (dans l’abîme)
[5] »
Ich est le Feu, et Isha est celle qui naît du Feu. Elle préexistait en Ich. Adamm, c’est Aleph, le passage du non-manifesté au manifesté, de la nature naturante à la nature naturée.
« Elle s’incarne ici en même temps que s’incarne Adamm. Faite de sa chair la plus obscure, elle est aussi sa partie la plus dynamique. Adamm, enfoncé dans ce que sa chair a de plus pesant, ne pourra plus faire un seul mouvement spontané. Le Aleph enterré vivant ne pourra qu’attendre la transformation de la femme. C’est d’elle qu’il naîtra désormais, mais c’est par elle surtout qu’il mourra.[6] » C’est pourquoi la voie de l’homme passe par la femme alors que la voie de la femme ne passe pas nécessairement par l’homme, comme il a été dit dans La Voie du Couple[7].
Icha devient la réalité corporelle de Adamm, et met les enfants des hommes au monde. « Esch Me-Maïm : le Feu dans les Eaux : c'est ainsi que la Cabale définit Adâm », précise Carlo Suarès.

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Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch.
 

C’est le temps dit du Paradis terrestre, de l’Âge d’Or, celui de la période lumineuse d’Adam. D’après le Zohar, le premier Adam-Kadmon était androgyne. Le second Adamm s’incarne dans les siècles pour un douloureux devenir dû à la perte de cet état premier. Il lui faudra sortir de l’espace-temps qu’il a convoité pour retrouver le royaume de son essence originelle. Il a vocation à retrouver son androgynie première comme il est dit dans l’Evangile de Philippe : « Quand Éve était en Adam, la mort n’existait pas. Après qu’elle fut séparée de lui, la mort survint. S’il la reprend en lui et retrouve son être premier, il n’y aura plus de mort.[8]  »
C’est ce Feu, Ich, que l’humain se doit de laisser vivre en lui, pour retrouver son statut premier.

C’est ainsi qu’Adam, l’Homme Universel, un et pluriel, en mangeant avant sa maturité le fruit défendu transgressa en quelque sorte l’ordre des choses inscrit dans la matière. Ce qui est imagé après coup par la mise en garde qui lui est faite dans la Genèse :

« Mais de la substance propre de la connaissance du bien et du mal, garde-toi de faire aucune consommation : car au jour même où tu t’en alimenteras, tu deviendras muable, et tu mourras. [9] »
La traduction littérale de ce passage est :
« Mais-de-la-substance-physique de-la-connaissance du-bien-et-du-mal, non-pas tu-consommeras de-quoi-d’elle ; car dans-le-jour-de-la-consommation-à-toi de-qui-d’elle, mourant tu-mourras (tu passeras dans un autre état).
[10] » Cette phrase souligne bien la difficulté de traduire !
Instantanément le monde d’Adam glisse dans la perception qui est celle de l’homme contemporain, celle du seul monde sensible par le corps physique. Lorsque cet événement se produisit, ce fut un séisme qui ébranla toute la création, une occultation de la lumière qui fit de l’homme un être monstrueux, livré très vite au meurtre, à la barbarie, au mensonge, à la haine... Instantanément, il est projeté dans l’espace-temps qu’il vient de créer par inadvertance. Cette « erreur à l’égard de l’Origine
[11] » a coupé l’Homme de l’essence des choses, l’a déchu de sa puissance première. Il fut ravalé au palier inférieur d’animal humain ; à ses yeux, la matière se densifie, s’obscurcit, s’opacifie et l’univers, qui n’a jamais cessé d’être ce qu’il est, devint une énigme, étant celui de son rêve, en dehors de tout Réel, celui de la séparation, de la division, celui des oppositions, celui du devenir dans le temps cyclique refermé en un cercle vicieux infranchissable.[12]

C’est bien évidemment le même monde, mais appréhendé cette fois à travers le voile de la seule perception des sens, de l’ignorance, de l’erreur, de la faute, d’aucuns disent du péché. Mais que veut dire vivre sans notion de péché ?… « Cela veut dire qui n’a jamais rien désiré d’autre que ce que lui offre la vie, à chaque instant, et qui, toujours heureuse de vivre les événements portés par le hasard, n’exige jamais rien de plus. [13] »

« 

De l’Unité hors relativité, sa conscience devenue séparative le plongea dans la relativité, le Mal devant alors être équilibré par le Bien, dont la fonction essentielle est de servir de tremplin pour le retour au Juste. Il y perdit toute liberté en surajoutant au dualisme naturel la dualité bien/mal. Alors que le dualisme unifie les complémentaires, toute manifestation se faisant par le deux, mais le « deux-un[14] » qu’est « l’unité de la force duelle », comme le sont par exemple les forces centripète et centrifuge.
La séparation fut un cataclysme cosmique bouleversant l’ordre naturel. L’occultation de la Source par le mental humain est un véritable « big-bang » qui crée le monde de l’anti-nature sur terre ! Elle ébranle et la Terre et son Ciel !
Pourquoi parle-t-on de la tentation d’Adam ? De quelle nature est-elle ?

Le serpent tentateur de la Genèse éveille le DESIR de goûter au fruit de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Parce qu'avant cela, Adam et Eve créés à l'image de Dieu, n'étaient pas séparés du Tout. Ils étaient dans la "Connaissance silencieuse

[15]".

 

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L'arbre de la connaissance.
Tableau de Lucas Cranach l'Ancien.

"L'erreur à l'égard de l'Origine" et l'Humain androgyne déchu. :
http://uniteterreciel.canalblog.com/archives/2014/03/24/29442275.html

"Lucifer a été l'instigateur de la prise de conscience extérieure... Par ce fait même, il donnait à l'homme la possibilité de devenir conscient intérieurement et extérieurement, donc dans la totalité de son pouvoir...
C'est par le DESIR qu'Adam et Eve chutent, c'est-à-dire tombent dans l'oubli de leur transcendance. Le mot le dit : D-E-S-I-R: depuis les trois plans de manifestation (d'E), l'énergie vitale (S) qui anime tout être (I) et se déploie sur Terre, est Air (R) : "mouvement du vent" et "apparence" (A-P-parens : engendreurs sans P, c'est-à-dire né directement de la Source -"noumène")
[16]. »[17]

« Entête », la traduction d’André Chouraki, est plus correcte que « Genèse » et marque bien que la Création est Œuvre du Mental. « Actuellement sur Terre l’on parle beaucoup de mental, mais en fait personne ne sait véritablement ce qu’est “le Mental” : on le confond avec le cerveau, l’intellect ou autre confusion[18] »…
« Le Plan Mental est le plan des Idées Pures, le plan de “l’imagination Créative” et à partir de là, et intellect, et cerveau fonctionneront avec Equilibre, Solidité, Justesse.
Le Mental a un Pouvoir de Réceptivité et de réalisation, de capteur et de Donneur, action Epicentrique et Gnomocentrique, incomparable.
[19] »

Le mental humain brouille les pistes à plaisir, comme nous le voyons dans cet essai ! Les désirs de jouissances égoïques dégradent le Haut Mental (ci-dessus le Mental avec une majuscule), le Mens, qui devient un mental limité, ratiocinant, incapable de discernement. La perte du Haut Mental, du lien avec le Plan Mental dont parle si justement Karuna, rend les humains voués à l’aveuglement, ce qui provoque les conduites suicidaires actuelles.

Quelle est l’erreur ? « C’est d’avoir fait exister ce qui n’est pas… et l’humain en meurt… et en mourant de cela, il rend inutile la Mort elle-même qui n’est plus la restitution de corps-véhicule au profit de la Vie, mais une mise à mort.[20] »
« Entête », la Genèse, n’est que le mythe de la création de la Terre et de son Ciel. Elle n’est en rien celle de l’Univers Réel. Celui-ci inclut, entre autres, les « Planètes bénies » qui viennent au contraire à son secours, sur notre demande, comme l’exprime le mantram enseigné par Karuna :
« Lueurs étincelantes,
Couleurs Méconnues des Ondes Magnétiques
qui protègent les Mondes Célestes,
Réchauffez de Votre Vie
les âmes mourantes de la Terre en détresse.
[21] »

 


[1] - «  Lorsqu’on a réalisé qu’il n’y a ni Bien ni Mal mais seulement un juste Accomplir de la Vie à incarner, tout devient plus facile, plus simple, plus clair. » (Platon le Karuna, La Racine fondamentale, Les Editions de la Promesse, 2004, p. 29) Alors, il n’y a qu’un seule arbre !
[2] - Fabre-d’Olivet, La Langue hébraïque restituée, l’Age d’Homme/Delphica, 1991, Genèse II 18, p. 315 .
Traduction littérale : « Et-il-dit, IHÔAH, LUI-l’Être-des-êtres, pas-bon être-Adam (l’homme universel) dans-la-solitude-sienne : Je ferai-à-lui une-force-auxiliaire (un soutien, un aide, une corroboration, une doublure) en-reflet-lumineux-de-lui. »
[3] - Ibidem, Genèse II 21, p. 315 .
Traduction littérale : « Et-il-laissa-tomber IHÔAH, LUI-les-Dieux, un sommeil sympathique (mystérieux et profond) sur-Adam (l’homme universel) qui-dormit : et-il-rompit de-l’unité-une-des-enveloppes-siennes (extérieures) et-il-couvrit-avec-soin (il colora) forme-et-beauté-corporelle la-faiblesse (l’infériorité)-à-elle. »
[4] - Idem, Genèse II 22, p. 315 .
Traduction littérale : «  Et-il-reconstruisit (consolida, rétablit dans son premier état) IHÔAH, LUI-l’Être-des-êtres, la-substance-des-enveloppes-extérieures, laquelle il-avait-rompu d’Adam (l’homme universel) pour- (baser) Aishah (la femme intellectuelle, la faculté volitive d’Adam) : et-il-amena-elle à-lui-Adam. »
[5] - La Kabale des Kabales,. Genèse II 22.
[6] - Idem.
[7] - Emmanuel-Yves Monin, Edition Le Point d’Eau, 1991.
[8] - Evangile de Philippe, v. 59.
[9] - Genèse, II, 17. La Langue hébraïque restituée, op. cit., p. 315.
[10] - Idem, p. 83, notes ch. II.
[11] - Karuna Platon, L’Instruction du Verseur d’Eau, Editions de la Promesse, 2000.
[12] - Voir Pierre Gordon, La révélation primitive, Arma Artis, Ed. Dervy, 1951.
[13] - Emmanuel-Yves Monin, La Dame à la Licorne et au Lion, pièce de théâtre.
[14] - Evangile de Thomas.
[15] - Carlos Castaneda, La Force du Silence, Editions Gallimard, p. 154.
[16] - Monin, Emmanuel-Yves, Hiéroglyphes français et langue des oiseaux, éditions du Point d'Eau, p.43 et p.44.
[17] - Extrait de l’article de Kinthia Appavou : « La Vouivre et la Femme-Serpent »  http://pierredevevre.over-blog.com/2014/06/la-vouivre-et-la-femme-serpent.html
[18] - L’Instruction du Verseur d’Eau, op. cit, p. 429.
[19] - Idem., p. 435.
[20] - Platon le Karuna, Les Maturités du Corps, Les Editions de la Promesse, 2005, p. 19.
[21] - Du Maître à l’Elève, « XXII Appel aux Planètes Bénies », p. 66, Edition Le Courrier du Livre, 1968.



 
 
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