Physique et Métaphysique :  

Contes, légendes et poèmes soufis.

Symbolisme des images rencontrées sur les chemins de la Vouivre...

Chapitre VIII
Miriâm de Magdala,  
l
a compagne de Iéshoua‘
 

  
©Photo Magdala.

Chapelle du Val d'Amour à Bélestat (Ariège)

« C’est votre orgueil qui se fait avoir, avec la crainte du péché, avec la peur des Dieux, avec la hantise des opinions d’autrui !
La technique de la secte des Juges et des Justiciers le connaît à fond, votre orgueil : il est tellement semblable au sien ! Pourquoi veulent-ils vous sauver et sauver le monde, ces êtres ordinaires coincés dans leur boîte individuelle ? Parce que l’Energie de la Femme Sauvage en eux ne pouvant exploser droit et leur exposer qui ils sont - refoulés, prétentieux et absurdes dans leurs manières de vivre - ils veulent trouver un autre moyen de plaire à leurs dieux - papa, maman ou toute autre représentation sur la Terre… ou au firmament de leurs
rêveries! 
»
 
Emmanuel-Yves Monin,
Le Clan des Femmes Sauvages[1]
 
Au matin de Pâque, comme nous l’avons dit, Miriâm de Magdala se rendant au sépulcre où le corps de Iéshoua‘ a été déposé croit être interpellée par le jardinier, puis reconnaît le Rabbi dans ses habits de lumière : « Elle, se tournant, lui dit en hébreu : “Rabbouni !” - c’est-à-dire “Mon Rabbi !” », elle le “voit”, non avec ses yeux de chair, mais par “la fine pointe de l’âme”...
 
  

Marie Madeleine.
Le Titien, 1533
.
 
L’expression employée, Rabouni, est plus que familière, elle est d’une femme proche qui ne cache pas ses sentiments. Fut-elle amante, compagne, disciple du Rabbi ? Celle dont il est dit : « Il [le Christ] apparaît d’abord à Miriâm de Magdala, dont il avait jeté dehors sept démons. » (Marc, 15, 9) Quels démons furent-ils chassés ?
« Nous savons que l’influence diabolique, sans toujours participer aux péchés des hommes, s’étend bien au-delà des cas de possession proprement dits. Marie-Madeleine, libérée de sept démons, n’est pas forcément une ancienne possédée, mais elle était sous influence mauvaise et poussée au péché, et rien n’empêche de l’identifier avec la femme de mauvaise vie de Luc 7.
[1] »
Il est fort probable qu’elle soit la pécheresse repentie dont parle Luc ; il raconte ce qui se passa dans la demeure où Iéshoua‘ séjournait, entouré de nombreuses personnes :
« Et voici une femme. C’est une fauteuse de la ville.
Elle sait qu’il s’est étendu dans la maison du Paroush [Pharisien].
Elle apporte un flacon d’albâtre plein de parfum.
Elle se tient en arrière et pleure à ses pieds.
De ses larmes, elle commence à lui humecter les pieds.
Elle les essuie avec les cheveux de sa tête.
Elle se penche, embrasse ses pieds et les messie de parfum. » (7, 38).
« A ceux qui ont beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné », a dit le Rabbi qui ne condamnera pas la femme adultère. Ô pharisiens, les pires péchés sont-ils ceux de la chair ?
Qui plus est, Iéshoua‘ la donne en exemple à Shim‘ôn, qui n’est pas encore appelé Petros (Pierre) :
« Regarde cette femme ! Je suis entré dans ta maison,
tu ne m’as pas donné d’eau à mes pieds.
Mais elle, de ses larmes, elle a humecté mes pieds
Et de ses cheveux elle les a essuyés.
Tu ne m’as pas donné de baiser. Mais elle, depuis que je suis entré,
Elle n’a pas cessé de se pencher et d’embrasser mes pieds… » (Luc 7, 44-45)
Au grand dam des témoins scandalisés, il dit à la femme « Tes fautes te sont remises. » (7, 48) L’amour de la pécheresse pour Lui est le motif du pardon qui vient de la grâce divine par Lui.
Le Père Bruckberger, dans son livre
Marie Madeleine[2], considère que cette pécheresse et Miriâm de Magdala sont une seule et même personne. Cette dernière, juive hellénisée, comme Hérode, passait pour pécheresse aux yeux des Pharisiens. De culture grecque, elle pouvait être de mœurs très libres sans être pour autant une prostituée.
Curieusement, la même scène se renouvelle dans un autre contexte, alors qu’El’azar (Lazare), le frère de Miriâm, est malade :
« Quelqu’un est malade ; Él’azar, de Béit-Hanayah,
Le village de Miriâm et de Marta, sa sœur.
Miriâm est celle qui a enduit l’Adôn de parfum
Et lui a essuyé les pieds de ses cheveux. » (Jean 11, 1-2)
C’est l’épisode de la guérison de celui que Iéshoua‘ aimait. Cela se passe six jours avant la Pâque, Miriâm scandalise à nouveau les disciples lorsqu’« elle prend un parfum, une livre de nard pur et de grand prix.
Elle en enduit les pieds de Iéshoua‘ et les essuie de ses cheveux.
La maison se remplit des effluves du parfum. » (Jean 12,3)
Miriâm de Béthanie est confondue par Jean avec Miriâm de Magdala, et ainsi avec la pécheresse repentie. Celle-ci renouvelle le geste fait lors de sa conversion. Son intuition d’amante lui fait oindre les pieds de l’Aimé, geste qui rappelle l’amante du Cantique des Cantiques. Fait sans précédent ! Geste insensé ! Geste d’amour, non prémédité par elle, mais prémonitoire. Parfumer les pieds d’un vivant ! Elle gardera le reste du parfum et sera la première à venir le jour de Pâque pour oindre le cadavre comme il est de coutume.
Saint Augustin pensait que les deux onctions ont été faites successivement par Miriâm de Magdala qui « oignit la tête de Jésus suivant l’usage ordinaire, puis, comme il restait du parfum, elle oignit ses pieds
[3] ».
Le Père Lacordaire ose dire la joie qu’il a de contempler « dans l’unité d’une même gloire la pécheresse pleurant aux pieds de Jésus et les essuyant de ses cheveux, la sœur de Lazare assistant à la résurrection de son frère, l’amie fidèle debout à la passion et à la mort de son Bien-Aimé, le suivant au tombeau et méritant de voir la première les splendeurs de sa résurrection !
[4] »
Miriâm de Magdala n’a pas de retenue lorsque l’Energie la traverse, et elle fait, scandalisant ces bien-pensants d’apôtres ! L’Evangile de Philippe est formel. Parlant des femmes, il dit : « Il y en avait trois qui marchaient toujours avec le Seigneur : Marie sa mère et sa sœur et Madeleine appelée sa compagne. Sa sœur, sa mère et sa compagne étaient chacune Marie. » (v. 26)
Il précise sans fausse pudeur aucune, car cela n’est-il pas naturel ? : « Et la compagne du fils est Marie Madeleine. Le Seigneur l’aimait plus que tous les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche. Les disciples le voyaient et ils lui dirent : “Pourquoi l’aimes-tu plus que nous tous ?” Le sauveur leur répondit et leur dit : “Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu’elle ? Un aveugle et quelqu’un qui voit, quand ils sont tous deux dans l’obscurité ne se distinguent pas l’un de l’autre. Si la lumière vient, alors celui qui voit verra la lumière alors que celui qui est aveugle demeurera dans l’obscurité.” » (Philippe v. 44b-45)
Quel scandale ! Il traite ses disciples d’aveugles pour ne pas voir la Lumière ! Elle est sa compagne, mais aussi son disciple et l’un ne pourrait aller sans l’autre. Elle n’est pas aveugle, elle ! C’est avec elle seule qu’il pouvait être en totale comm(e)-union. Il ne peut y avoir incarnation sans que la condition humaine ne soit vécue dans toutes ses facettes. En faisant de Jésus un homme désincarné, les Eglises ont fait un contre-sens absolument dommageable pour toute l’humanité. Tout l’être humain est sexué, et l’androgyne vit dans un corps dont il assume toutes les fonctions, qu’il vive dans un véhicule masculin ou féminin.
« Marie signifie mer amère, ou illuminatrice, ou illuminée. Ces trois significations font comprendre les trois excellentes parts qu'elle a choisies, savoir : la part de la pénitence, de la contemplation intérieure et de la gloire céleste. (…) Madeleine veut dire restant coupable (manens rea) ou bien encore munie, invaincue, magnifique, qualités qui indiquent ce qu'elle fut avant, pendant, et après sa conversion », écrit Jacques de Voragine
[5].
A la Collégiale de Notre-Dame en Vaux, à Châlons-en-Champagne, se trouve un vitrail du début du XVIe s. de la cène où le Christ, entouré de ses douze apôtres, tient sur son giron la tête de Marie-Madeleine, dans une posture sans ambiguïté
[6].
Miriâm de Magdala est la femme par excellence, amante et disciple. Elle vit le Cantique des Cantiques… Il s'agit d'une passion amoureuse concrète, charnelle, qui s'exprime, une passion qui s'incarne dans la chair vivante. Le pulsif de la vie induit une sensualité qui est l'expression naturelle de l'être humain.
« Il me baisera des baisers de sa bouche ;
   oui, tes étreintes sont meilleures que le vin. » (1,2)
« Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe ;
   il nuite entre mes seins. » (1, 13)
« Qu’elles sont belles tes étreintes, ma sœur, ma fiancée,
   qu’elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin ! » (4, 10)
« De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée ! » (4, 11)
Il faut oser vivre et aimer pour devenir Disciple, de qui ou de quoi d’autre si ce n’est de la Vie en sa Source, selon Nature ! Les juifs comme les chrétiens ont failli exclure ce cantique de la Bible et ne l’ont gardé qu’en y voyant l’allégorie de l’amour de Yawhé pour le peuple juif, ou du Christ pour son Eglise, à l’exclusion de tout autre sens !
Et Sallah Stétié d’écrire : « Madeleine apporte au Christ ce qu’il y a de plus féminin, les onguents, le parfum, ce par quoi la femme se signifie elle-même sur le plan du symbolique. Je ne peux m’empêcher de rappeler à ce propos le célèbre hadith muhammedien : “Ce que j’ai le plus aimé au monde, ce sont trois choses : les femmes, les parfums et la prière.” Là aussi, on retrouve cette interprétation de la femme par le parfum, lequel est matérialisation de l’âme, mais aussi par la prière, qui est une exaltation de l’élément féminin de l’être.
[7] »
 
Francis Beson, théologien suisse enseignant à Harvard, a découvert, d'après des écrits du IVe siècle, que le vrai nom de Marie-Madeleine était, en grec, Mariamene e Mara, ce qui prend toute son importance au vu des dernières découvertes archéologiques. En effet, deux ossuaires attribués l'un à Jésus et l'autre à Marie-Madeleine, ont été retrouvés en 1980 dans une tombe du Ier siècle à Talpiot, un quartier de Jérusalem. La découverte fut détaillée seize ans plus tard dans une revue d'archéologie israélienne. La tombe n'avait pas beaucoup attiré l'attention car les noms de Joseph, Jésus, Marie étaient extrêmement fréquents au Ier siècle à Jérusalem. Un ossuaire porte le nom en araméen de Jésus fils de Joseph, un autre le nom romain Maria transcrit phonétiquement en hébreu, un troisième, toujours en hébreu, Mathieu, un quatrième en hébreu, Yose, un cinquième, en grec, Mariamene e Mara et le sixième, qui contenait les restes d'un enfant, en araméen, Judas fils de Jésus.
 
 
« Si l'on accepte que Mariah soit le nom latinisé retranscrit en hébreu, il n'y a là aucune raison qu'il commence par une lettre finale ; en l'occurrence un Mem, seule lettre finale à être écrite une seule fois au début d'un mot dans tout l'AT en hébreu (en Isaï 9,6), dans un chapitre qui, de plus, annonce la venue d'un fils sauveur du peuple hébreu.
Il s'agit du mot 'Grandeur' Meribah. Il y a donc ici, probablement, volonté d'une distinction particulière, d'autant que la lettre est démesurée par rapport aux autres lettres du Nom.
Vous aurez remarqué que je n'exclus pas la possibilité d'une mystification ou d'une autre attribution que celle de la Sainte famille à cette sépulture, mais il faut reconnaître qu'il convient de s'interroger sur l'intention du graveur ou de son commanditaire.
Autre remarque, quel Nom hébreu dont l'origine était Myriam, devenu Mariah par suite de sa latinisation, pourrait être autre que celui de la Vierge Marie
[8] ? »
Des tests sur l'ADN mitochondrial récupéré dans les ossuaires montrent que Jésus et Mariamene n'avaient pas la même mère. Leur rapprochement dans la tombe en fait-il des époux ? Quant à Yose, diminutif de Joseph, il pourrait être un des quatre frères de Jésus, évoqués dans l'évangile de Matthieu. Darrell Bock, spécialiste du Nouveau Testament du séminaire théologique de Dallas, a souligné que “l'histoire bien faite n'est pas l'ennemie de la théologie”. Mais plusieurs organisations chrétiennes dénoncent cette “fausse découverte”.
[9] Tout devient sujet à controverse lorsqu’on prétend trouver des preuves historiques sans utilité pour comprendre l’essentiel ! Le bon sens est de le voir. Qu’importe le reste ! C’est aujourd’hui que se vit la compréhension que l’on acquiert de tout ce qui fut croyances pour un dépassement libérateur…
 
Après la mort de Iéshoua‘, c'est Miriâm de Magdala qui, lorsque les disciples sont dans la peine et qu’ils versent des larmes, les réconforte : 
« Alors Marie se leva, elle les embrassa tous et dit à ses frères :
“Ne soyez pas dans la peine et le doute,
car Sa grâce vous accompagnera et vous protégera :
louons plutôt Sa grandeur
car Il nous a préparés.
Il nous appelle à devenir pleinement humain.” [Anthropos] » (Marie 9, 12-18)
Alors, « Pierre dit à Marie : Sœur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’il t’a dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas connaissance. » (Marie 10, 1-6)
S’ensuit un long enseignement de Marie rapportant les paroles du Christ, à coloration gnostique, enseignement dont il manque quatre pages. La plupart des apôtres n’étaient en rien au courant des enseignements que Iéshoua‘ prodiguaient à Miriâm dans le secret. Leur étonnement et leurs préjugés sont atterrants :
« André prit alors la parole et s’adressa à ses frères :
“Dites, que pensez-vous de ce qu’elle vient de raconter ?
Pour ma part, je ne crois pas que l’Enseigneur ait parlé ainsi ;
ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues.”
Pierre ajouta :
“Est-il possible que l’Enseigneur se soit entretenu ainsi avec une femme,
sur des secrets que nous, nous ignorons ?
Devons-nous changer nos habitudes ; écouter cette femme ?
L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?” » (Marie 17, 9-20)
Pauvres hommes avec leurs préjugés ! Ils n’ont pas changé leurs habitudes depuis deux mille ans ! Quelle suffisance ! Pourtant, « André veut dire beau, ou caution, ou viril, d'ander, homme; ou bien encore anthrôpos, homme, d'ana, au-dessus, et tropos tourné, ce qui est la même chose que converti, comme s'il eût été converti aux choses du ciel et élevé vers son créateur », précise La Légende Dorée de Jacques de Voragines
[10].
Un fragment de parchemin parvenu en grec
[11] ajoute :
« Lévi dit à Pierre :
“Pierre, tu es toujours prêt à t’emporter, et à l’instant, tu discutes avec cette femme comme si tu étais son ennemi. Si le Sauveur l’a jugée digne, qui es-tu, toi, pour la déprécier ? En tout cas, lui en la voyant, l’a sûrement aimée. Ayons plutôt honte, et revêtu de l’homme parfait, accomplissons ce qui nous est prescrit.”
[12] »
La version copte ajoute : « Marie, en pleurant dit à Pierre :
“Pierre, mon frère, à quoi penses-tu ? Crois-tu que ce ne soit que délire de ma part, ou que je trahisse le Sauveur ?”
[13] »
Tomas est plus sévère encore ! Il rapporte la réponse du Christ à la demande de Petros :
«  Simon Pierre leur dit : “Que Marie sorte de parmi nous car les femmes ne sont pas dignes de la vie.”
Jésus dit : “Voici ; moi, je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu'elle aussi devienne un esprit vivant, pareil à vous, mâles. Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des cieux.” » (Thomas L. 118)
La femme ainsi, se réappropriant sa polarité masculine, est en passe de retrouver l’androgynat primitif. Les apôtres, dans leur refus du féminin extérieur, ne peuvent avant longtemps entrevoir leur retour à cet état ! Pourtant, ils sont mis sur la voie :
« Jésus vit des petits qui tétaient. Il dit à ses disciples :
“Ces petits qui tètent ressemblent à ceux qui entrent dans le Royaume.” Ils lui dirent :
“Alors en étant petits entrerons-nous dans le Royaume ?”
Jésus leur dit : “Lorsque vous faites les deux [être] un, et que vous ferez le dedans comme le dehors et le dehors comme le dedans, et le haut comme le bas ! Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit pas mâle et que la femelle ne soit plus femelle, et lorsque à la place d'un œil vous referez des yeux, et une main à la place d'une main, et un pied à la place d'un pied, et une image à la place d'une image, alors vous entrerez dans le [Royaume].” » (Thomas L. 27)
Cela rejoint l’Evangile des Egyptiens
[14] :
« Comme Salomé lui demandait quand se réaliseraient les événements dont il avait parlé, le Seigneur dit : “Quand vous foulerez aux pieds le vêtement de la honte et quand le deux sera un, que le masculin s’unira au féminin et qu’il n’y aura plus ni homme ni femme.”
[15] »
Ce qui est à rapprocher de cette autre réponse :
« “Quand te manifesteras-tu à nous et quand te contemplerons-nous ?”
Il dit : “Quand vous vous dévêtirez sans avoir honte.”
[16] » Allusion à la Genèse où il est dit d’Adam et d’Eve, « ils savent qu’ils sont nus. » (3, 7)
Comme ils doivent être loin, les juifs de cette époque, de pouvoir accepter la nudité du corps ! Ils ne sont pas prêts à revenir dans le Jardin d’Eden où Adam et Eve vivaient nus ! Et ils ne sont pas les seuls ! Aujourd’hui cependant, beaucoup perdent ce sentiments de honte dans les lieux rares encore privilégiés où la nudité du corps ne pose aucun problème ! On voit aussi se multiplier dans de nombreuses villes, et même à Paris pour la première fois cette année, des manifestations de cyclistes nus exposant la fragilité du corps devant la pollution envahissante. Les volontaires ne manquent pas à ce photographe qui rassemble hommes et femmes nus aux quatre coins de la planète, jusque sur les glaciers !
Le mot Un, par retournement donne NU et ce renversement illustre le premier logion de l’Evangile de Thomas : « Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher jusqu’à ce qu’il trouve : lorsqu’il trouvera, il sera bouleversé… »
Ah ! Que de réticences !
« Que les craintes qui vous agrippent dans votre quotidienneté ne soient pas captées comme l’enfant capte l’objet, ni par le désir de connaissance, ni par le désir de paix, ni par le désir de jouissance, mais seulement visualisées comme éléments de base pour le retour au Ciel.
De la Terre au Ciel, le Un-sans-second a manifesté sa pluralité et, sans vos interférences, le retour de la pluralité à l’Un serait chose aisée.
Ce Un, versé dans la Matière s’étant recoloré par vos interférences, le premier pas est le retour à la simple image inversée du Un.1»
« NU-UN »…
Le sage de Bandiagara, Ogotemmêli, qui renseigna l’ethnologue Marcel Griaule sur la cosmogonie des Dogons, lui dit : « Être nu, c’est être sans parole.
[17] »
Plus de notion ! L’état de virginité qui est « de vivre les événements portés par le hasard sans jamais exiger rien de plus
[18] » !
La nudité physique n’est qu’un premier plan, difficile pour certains, sans problème pour d’autres… Mais que dire de la fin des émotions humaines qui est la nudité sur le plan émotionnel-relationnel ? Et de la nudité mentale lorsque tombent ces oripeaux que sont les notions, les idées arrêtées, les croyances qui empêchent de vivre l’instant dans sa plénitude !
Nus nous étions, nus nous sommes nés et nus nous mourrons ; alors, « tous masques levés et tous vêtements dépouillés, nous verrons, dans notre nudité première, la Fleur d’Or, sous l’aspect soudain terrible de celle que le Bardo Tödol appelle la Claire Lumière du Vide, offrir la foudre de son éclat à nos yeux effarés et vite aveuglés.
[19] »
Avant, expérimentation ! Ou refoulement, fermentation des pensées malsaines qui induisent ensuite toutes les déviances et crimes qui sont légions dans nos sociétés dénaturées. La chair humiliée, asservie, méprisée par le mental humain dévié est détachée de sa réalité, et la cocotte minute sous pression explose en pornographie, exhibitionnisme, prostitution, etc. mais aussi sida, et autres maladies actuelles. L’âme niée dans ses aspirations à vivre l’incarnation devient exsangue et c’est mal-être, oppression, dépression, suicide, etc. Le corps malade ne peut plus se forger une âme, l’âme malade débilite le corps et un cercle vicieux mortel se resserre. L’Eglise, depuis des siècles, tolère les guerres, flirte avec des dictatures sanguinaires, sert et se sert des puissants de ce monde. Mais le péché par excellence, c’est celui de la chair ! Au Moyen Âge, le refus de la procréation a pour cause la volonté de ne pas vouloir transmettre “le péché originel” qui rend l’homme mortel ! L’humain est identifié à son corps physique, à son corps de chair !
 « Jésus dit : “Si la chair s'est produite à cause de l'esprit, c'est un miracle ; mais si l'esprit [s’est produit] à cause du corps, c'est un miracle de miracle. Mais moi, je m'émerveille de cela parce que le [……. de] grande richesse s'est mise dans cette pauvreté ?” » (Thomas L. 34)
Dans le conte traditionnel où la Vérité-Toute-Nue sort du puits comme elle est, c’est-à-dire nue, elle est rejetée par les humains jusqu’à ce qu’elle emprunte les habits du conte. Il se termine par cette remarque qui, hélas ! ne peut être dite à tous :
« Mais vous qui avez compris la Vérité, nul besoin n’avez des beaux habits du Conte qui ne sont qu’oripeaux !
Osez montrer votre peau !                                                                 
Contemplez, vivez la Nue Déité !
Contemplez, vivez votre Nue Déité…
[20] »
Sans doute ces enseignements ne furent-ils pas jadis compris par beaucoup ! Peut-être trouvés scandaleux, ne furent-ils maintenus que par quelques-uns jugés hérétiques et licencieux, accusés des pires perversités, et ces textes furent relégués au rang d’apocryphes ? Et si l’Emmanuel, “Celui qui doit revenir”, était de retour sur Terre, qui le reconnaîtrait, hippie vivant Woodstock par exemple ? Quel scandale cela serait encore pour les biens-pensants !
« UN-NU »…
Que veut dire mourir avant la « mise dans le cercueil » ?
« Accepter de mourir à la dualité, c’est accepter de comprendre tout acte, tout sentiment, tout sujet… et de le faire réversible, c’est-à-dire se servir de cette dualité dont vous êtes pétris pour un meilleur Entendement et pour atteindre : “LA RÉVERSIBILITÉ DE TOUTES CHOSES”.
[21] »
 
Idées forces :
 
- Marie-Madeleine peut légitimement être considérée comme la compagne et la disciple de Jésus.
- Les preuves historiques ne sont pas essentielles.
- Pierre et les apôtres ne supportent pas l’idée que Jésus ait pu enseigner Marie-Madeleine à leur insu et qu’elle ait été son disciple.
- Vous entrerez dans le Royaume « quand vous foulerez aux pieds les vêtements de la honte ».
- Les hérétiques et les marginaux, au contraire des bien-pensants, maintiennent souvent les véritables valeurs de l’Evangile.
 
[1] Résumé, par le Père Florian Racine de l’étude d’André Feuillet : Les deux onctions faites sur Jésus, et Marie-Madeleine. Contribution à l’étude entre les Synoptiques et le quatrième évangile, Revue Thomiste, 1975, 75, p. 357-394.
[2] Albin Michel, 1975.
[3] Lagrange in : Résumé, par le Père Florian Racine de l’étude d’André Feuillet : Les deux onctions faites sur Jésus, et Marie-Madeleine. Contribution à l’étude entre les Synoptiques et le quatrième évangile, op. cit., pp. 357-394. Toute cette étude est à lire pour qui veut approfondir ce chapitre.
[4] Idem.
[5] La Légende Dorée, op. cit.
[7] Sallah Stétié, Entretiens avec Gwendoline Jarczyk , Albin Michel, 2004, p.225.
[8] Correspondance d’André Degaye, auteur de Le Nombre du Fil. Nombres et harmoniques dans la Bible et dans l’Art chrétien du Moyen Âge et de la Renaissance. Préface d’Antoine Faivre, Paris : Dervy, 2007.
[9] D’après Eric Leser, Le Monde du 28/02/2007.
[10] Op. cit.
[11] Fragment P. Rylands III, 463, cité en note dans Evangiles apocryphes, op. cit., p. 53.
[12] Idem.
[13] Ibidem.
[14] Daté de la seconde moitié du IIe siècle ; quelques fragments ont été conservés par Clément d’Alexandrie.
[15] Evangiles apocryphes, op. cit., p. 62.
[16] Papyrus 655 d’Oxyrhynque, découvert avec d’autres de 1897 à 1904, datés du IIIe siècle. Evangiles apocryphes, op. cit., p. 45.
[17] Marcel Griaule, Dieu d’eau, Fayard, 1966, p. 91.
[18] Emmanuel-Yves Monin, La Dame à la Licorne et au Lion, pièce de théâtre.
[19] Lu Tsou, Le  Secret de la Fleur d’Or, Librairie Médicis, 1969,  préface, p. 11.
[20] Régor, Contes qui coulent de Source, Editions EDIRU 2006, p. 217.
[21] L’Instruction du Verseur d’Eau, op. cit., p. 129.
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