Physique et Métaphysique :  

Contes, légendes et poèmes soufis.

Symbolisme des images rencontrées sur les chemins de la Vouivre...

Chapitre III
 
Qui furent Iéshoua‘ et Miriâm, sa mère ?
 
 
« Vouloir décrire Jésus, l’Oint (littéralement Masîh), l’agréé de Dieu, c’est vouloir décrire un océan aussi vaste que l’amplitude même des cieux, c’est vouloir inventorier, déterminer et expliquer tout ce qui naît et se trouve dans cet océan, depuis l’algue sans racine jusqu’à l’énorme baleine.. »
 
Amadou Hampâté Bâ.
(Jésus vu par un musulman, Stock, 1994, p.16.
Masîh est le terme coranique signifiant “Messie”.)
 
 Fête chrétienne depuis le Moyen Âge, la Conception immaculée de Marie devient un dogme le 8 décembre 1854 lorsque Pie IX le proclame solennellement, dans sa bulle Ineffabilis Deus, en vertu de son autorité apostolique : la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel alors que l’islam ne reconnaît pas ce péché.
La croyance ancestrale veut que Jésus soit né de la Vierge Marie. La notion de virginité physique est incompréhensible si l’on ne réalise pas ce qu’est l’Incarnation !
Comment concevoir la Vérité ?
« “Vous ne pouvez concevoir parce que vous n’êtes pas Immaculés”.
Vous pensez que cette Conception est réservée à la Vierge dont vous avez fait une statue de la Virginité, or, dans le sens que vous pensez, la Vierge n’est ni une statue, ni la Virginité (…)
Pour croire à l’Energie de la Mère, vous avez fait de Marie une statue sans nom, une vierge sans espoir, vous avez déformé son Enfantement, vous lui avez enlevé la meilleure part d’elle-même, la chair de sa chair sortie de ses entrailles pour donner la Vie au Monde.
Vous lui avez enlevé, en somme, toute sa Royauté humaine pour lui donner une couronne de fausse idole… pas étonnant que parfois, lorsque vous l’invoquez ou que vous essayez de la connaître, vous ne la trouviez pas… et que vous ne trouviez en elle aucun “Répondant”…
[1] »
La création certes est immaculée dans sa conception, mais dès qu’il y a manifestation, il y a maculation, avons-nous déjà dit ! L’être vierge est celui qui est « vierge de toute notion » enseigne Maître Eckhart ; ce à quoi il a été précisé : « y compris de la notion de virginité
[2] » ! « Vierge, c’est-à-dire un être humain qui soit dégagé de toutes images étrangères, aussi dégagé qu’il l’était alors qu’il n’était pas.[3] ». C’est pourquoi il a été enseigné :
«  L’IMMACULEE CONCEPTION est ton unique Refuge sur la Terre.
Le Temple immaculé est celui qui reçoit l’Amour directement du Cœur du (au) Ciel Céleste.
“Concevoir Immaculé” veut dire :
Recevoir de la Source sans intermédiaire…
[4] »
Mariam (Marie), comme ‘Iéshoua‘, sont des prénoms très répandus en Israël à cette époque. Dans le nouveau testament, sont citées Mariam la sœur de Moïse et d’Aaron, Mirîam de Magdala, Mirîam femme de Clôpas (Jean, 19, 25), Mariam de Beit-Anya la sœur de Marthe, Mariam mère de Jacques (Mat. 27, 56),
La racine égyptienne m.r.i signifierait aimer et Mariam la fille aînée. «  Mais selon les racines sémitiques, Mariam signifierait (…) la rebelle, la belle, la voyante, la pieuse (…) la dame, la princesse, l’aimée de Dieu, la fidèle, la dévote, la véridique (siddika)…
[5] »
Miram serait, dans l’Islam, « celle qui élève », la pieuse, l’adoratrice purifiée par Lui et pour Lui, la servante.
Les musulmans l’appellent en arabe « Notre Dame Mariâm »
 
Par le jeu des traductions, Miriâm est devenue, en latin, Maria, le pluriel de mare, la mer ! Les “mers”, donc ! Chaque humain, on le sait, est composé de 70 à 80 % d’eau
[6]. La Langue des Oiseaux rapproche “mer” et “mère” par le chant des mots. Iéshoua‘ est donc, comme tout homme le devrait, le fruit de la fécondation de l’Eau par le Feu de l’Esprit. Seule cette deuxième naissance signe la possibilité de retour au Père, au Point Créateur de la manifestation. Le baptême du Christ par Jean-Baptiste est le rappel de l’Unité de l’Eau et du Feu.
Les simples gestes du baptême, la seule intention ne sont en rien suffisants ; il faut encore que l’Esprit prenne Corps et que l’intention soit « précisée par l’Acte et l’Action, son Mouvement.
[7] » Il demande un choix et un engagement d’adulte. « Si quelqu’un descend dans l’eau, en ressort sans avoir rien reçu et dit : Je suis chrétien, il emprunte ce nom à intérêt. Mais s’il reçoit l’Esprit Saint, il possède ce nom comme un don. Or, à celui qui a reçu un don, on ne le lui reprend pas, mais à celui qui l’a emprunté, on lui en demande le paiement avec les intérêts. C’est ainsi que cela se passe lorsqu’on pénètre un mystère. » (Philippe v. 47)
A chacun de devenir le Temple Vivant du Seigneur, en ce temps où les temples se ferment ! N’est-ce pas magnifique ?
Marie, chantant le Magnificat déploie une énergie si scandaleuse que Charles Maurras parlait de son venin !
« Mon être exalte IHVH ;
mon souffle exulte pour Elohîm, mon sauveur…
il fait prouesse de son bras ;
il disperse les orgueilleux en l’intelligence de leur cœur.
Il fait descendre les puissants des trônes, mais relève les humbles
Il remplit de bien les affamés ; et les riches, il les renvoie, vides. » (Luc 1, 46-53)
Si scandaleuse est cette exultation que « de nombreux dictateurs sud-américains [l’]interdirent dans les églises.
[8] »
La prédication religieuse s'adresse à des masses de plus en plus nombreuses et encourage de plus en plus l'idolâtrie à laquelle se prête si bien le culte marial. Marie, devenue l’équivalent d’une ancienne déesse, est utilisée facilement pour des démarches infantilisantes.
C’est ne diminuer en rien Iéshoua‘, ni diminuer sa mère terrestre, que d’accepter qu’il ait eu des frères et des sœurs comme il est rapporté lorsqu’on s’étonne de ses Enseignements :
« D’où ? A lui ! Cette sagesse ! Et des puissances ! Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère, n’est-ce pas, se crie Miriâm ? Et ses frères, Ia’acob, Iosseph, Shim‘ôn et Iehouda ? Et ses sœurs, n’est-ce pas, sont toutes avec nous ? » (Matthieu 13, 54-55).
Même si l’ambiguïté demeure sur les mots “frère” et “sœur” qui pourraient désigner les cousins et cousines. Lorsque Iéshoua‘ se fait baptiser dans l’eau du Jourdain, il n’est fait aucune mention de son cousinage avec Jean-Baptiste !
Jésus est reconnu comme prophète par le Coran. Mais aussi, « Jésus est appelé dans le Coran : El masîh ‘Isa ibn Maryam : “Le Messie, Jésus, fils de Marie”
[9] ».
Lorsque Mahomet, en 630, détruisit les images des idoles, il étreignît l’icône de « La Vierge intercesseuse », « La dame de l’Apparition », Mariam tenant l’enfant Jésus, en disant « Effacez toutes les peintures, exceptée celle que protègent mes mains
[10] ». Nombreuses sont les miniatures mariales dessinées par des musulmans[11].
Marie - Maryam -, mère du prophète Jésus - ‘Isâ -, est donc vénérée partout par les musulmans, et spécialement à Éphèse dans ce sanctuaire exceptionnel qu’est La Maison de la Vierge (Meryem Ana Evy), visitée tous les ans par plus de deux cent mille musulmans et cent mille chrétiens. Elle l’est aussi dans des sanctuaires comme Lourdes et Fatima où l’on rencontre effectivement des pèlerins musulmans.
[12]
Rûmi parle de « la Vierge Mariam qui a enfanté le cœur personnifié par ‘Issa. Al-Bhaqli (= 1209) ; il écrit : “… la substance de Mariam est la substance même de la sainteté originelle… Son âme conçut par le souffle du mystère caché. Elle devint porteuse de la Parole la plus haute et de la lumière de l’Esprit le plus élevé…” »[13].
Après la prise de Constantinople, en 1453, lorsque les Turcs transformèrent la cathédrale Sainte Sophie en mosquée Aja Sofia, ils conservèrent la fresque représentant Mariam et son enfant.
Amadou Hampâté Bâ, précise, en dialoguant avec les chrétiens : « Selon l’enseignement islamique, la première vie terrestre de Jésus a comporté trois phases :
1/ De un à onze ans : ce fut la phase ésotérique, durant laquelle Jésus resta en dehors de la vie publique. Il demeura en communion “terre-ciel” avec Dieu.
2/ A douze ans, il rompit le silence par l’entretien célèbre qu’il eut avec les docteurs de la synagogue.
Cette douzième année est capitale. Elle marque le début de la vie publique de Jésus. De douze à trente ans, Jésus enseigna discrètement la loi qu’il avait reçue directement de Dieu et en secret (...)
3/ C’est ensuite que viendra la troisième phase cruciale de sa vie. Elle durera trois années durant lesquelles Jésus enseignera la Vérité “au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.”
[14] »
Tierno Bokar, musulman, le saint François d’Assise de Bandiagara dont Hamadou Hampâté Bâ fut l’élève
[15], appelait Marie, « en langue peule : Rannga nyaayre Allaah, soit : “Matrice du bijou divin”.[16] » Ne fut-elle pas choisie comme le lui dirent les Messagers ?
« Ô Mariyam, voici, Allah t’a choisie et purifiée,
il t’a choisie parmi toutes les femmes de l’univers. » (Coran, sourate 3, v. 42)
Qui peut douter de la toute puissance du Créateur ?
« Allah crée ce qu’Il décide .
Quand Il décrète, Il ordonne et réalise,
Il dit : “Sois !” Et c’est. » (Id., v. 47)
Aussi consacra-t-elle son fils à Dieu comme l’avait fait la femme de ’Imrân, petit-fils de Lévi qui eut de sa tante deux fils, Moïse et Aaron. Le Coran souligne l’homonymie de Myriâm sœur de Moïse et de la mère de Iéshoua‘.
« Rabb, je te voue !
Celui qui est en mon ventre, à Toi consacré.
Accepte-le de moi.
Te voici, toi, l’entendeur, le savant. » (Ibid., v. 35)
Aussi peut-on dire que Marie est, après tant d’autres, une personnification de la Mère Universelle, qu’elle en est l’exemple le plus accompli.
 
Si l’image de la crèche de Noël est due à François d’Assise qui en fit le modèle de la Famille Humaine, le culte de la Vierge Marie prit son expansion grâce à saint Bernard, au XIIe siècle. 
« Autour de la Communion, de la Sainte Famille, de la Crèche, de l’Enfant Jésus, c’est cela la véritable famille, au-delà des notions terrestres de parenté. Tous enfants d’une même Unité de Lumière.
Tous parents d’un même Fils porteur du Message de Vérité, de Rigueur et d’Amour.
Qu’en ces jours où vous êtes tous réunis par ces fils de parenté céleste, la possibilité vous soit accordée de retourner au Fils afin qu’en la Crèche vous-même l’Enfant de Lumière que vous portez en vous se révèle pour le mieux être de toute la terre, pour la paix du monde et le bonheur de tous. (…) C’est le Cœur d’Or de chaque humain. Au Cœur du Cœur de son cœur, c’est le Seing-Or
[17], le Seigneur.
Gloire sur la Terre, le Seigneur règne.
Ecoute, il est grand temps, écoute le mystère. Nous sommes unis au Seing-Or en cette nuit de Noël.
Rejetez tout le limité de vous-même afin que de ce Seing-Or de vous-même resplendisse la richesse du Christ-Roi.1 »
Mais Noël n’a pas à être un jour d’exception dans la grisaille de la misère, de la maladie, du travail et de la guerre !
« Sais-tu que la trêve de Noël est ton lot quotidien ?
C’est en cela que l’être en cheminement conscient vers la Source de Lumière vit tous les jours cette soirée de Noël.
Il sait que la Fête du Feu se manifeste à chaque instant pour lui, par lui, devant lui, afin que la lumière de chaque événement présenté rappelle en lui la lumière de son Origine.
Ainsi tous les tourments, toutes les guerres, toutes les agitations de tes molécules doivent, en cette Nuit de Noël, faire la Trêve de Noël. Et cette Nuit de Noël étant ta quotidienneté, tu te dois à chaque instant de faire la trêve de Noël en arrêtant tous les périphériques de toi-même qui font la guerre avec toi-même.
[18] »
 
Miriâm et Iéshoua‘ sont des prénoms courant à l’époque ; le premier fut celui de la sœur de Moïse. Quant au second, il est celui de Josué qui devint Iéshouaaprès le retour d’Exil des Juifs. Il signifie “Puisse Yahvé aider” ou encore “Yahvé sauve”. D’où le qualificatif de “Sauveur” qui lui fut attribué.
« Les évangélistes ayant trouvé dans la bible juive ou dans l'ancien testament (Juges XIII, 5-7 ; 1 Samuel I, 11 ; etc. ), la définition du “Nazaréen”, ils imaginèrent une ville qui n'existait pas. Et ils l'appelèrent Nazareth. C'est donc à Nazareth, suivant nos évangiles, que le mythique Jésus né à Bethléem, a vécu jusqu'à son baptême dans le Jourdain avant sa vie publique. Or Nazaréen signifie “consacré au Seigneur”
[19]. »
 
Des trente-trois années de vie probable de Iéshoua‘, on connaît bien peu de choses ; quant à ses Enseignements, on n’en connaît à peu près rien !
Il y eut les enseignements donnés sur la place publique, enseignements exotériques pour le peuple, sous forme de paraboles simples, analogiques le plus souvent, qui furent abondamment rapportés.
Il y eut ce qu’il put dire à ses proches, ses parents, ceux qui furent appelés apôtres, les femmes de son entourage, et certaines paroles ont été rapportées avec la distorsion du souvenir, longtemps après.
Il a parlé aux douze, mais ils n’étaient pas tous là constamment.
Il prenait parfois certains en particulier, comme Pierre, Jacques et Jean, voire en tête-à-tête, Marie-Magdeleine, Jean...
Comme tous les Maîtres véritables, il mesurait ce qu’il disait à la compréhension de ses auditeurs. Il y eut donc des enseignements ésotériques qui ne sont d’ailleurs jamais rapportés par écrit dans leur intégralité, dans aucune tradition.
Les enseignements exotériques sont symbolisés dans la statuaire par les saints et les saintes tenant le livre ouvert ; ceux-ci n’enseignent alors que la voie du salut, celle du paradis terrestre et aboutissent normalement, pour ceux qui le peuvent, aux enseignements ésotériques. Le livre fermé symbolise les enseignements ésotériques dont la charge essentielle n’est transmise que de bouche à oreille de bouche à oreille. C’est la voie de cette Libération :
« Le salut n’est pas la Libération et tout processus ascensionnel de la terre au ciel ne te libère pas pour autant du magnétisme qui te maintient dans la limite du périphérique.1 » Il s’agit alors d’incarner en assumant la Matière…
Le bon sens nous dit tout simplement aussi que si Iéshoua‘ n’a rien laissé par écrit, s’il n’a rien dicté non plus de son vivant, c’est volontairement ; s’il a dicté quelques textes, ceux-ci ont disparu et personne n’y a jamais fait allusion. Cristalliser les choses est toujours mortifère, la vie étant neuve à chaque instant. La tradition orale a maintenu ses Dits, mais au niveau de compréhension de chacun.
Le Jésus des Evangiles, comme la Vierge Marie, n’ont jamais existé en tant que tels. Le mythe, construit après coup sur des souvenirs et des impressions, pour aussi extraordinaire qu’il soit, repose sur des bases tout aussi extraordinaires tant la réalité parfois dépasse la fiction. «  Avons-nous assez dit que tout ce qui se produit dans le temps linéaire que l’on appelle l'histoire et dans l'espace que fabriquent nos consciences limitées à trois dimensions n'est que la projection rêvée par nos consciences de phénomènes qui dépassent notre continuum ? Alors, que le personnage Jésus ait existé ou non, est-ce vraiment important ? En vérité, l'Intemporel ne peut avoir aucune durée dans notre durée. Il apparaît tel l'éclair qui n’emprunte que le temps de foudroyer.
[20] »
Des siècles après, dans le présent d’aujourd’hui, le retentissement de ce coup de tonnerre s’entend plus que jamais. Mais dans l’intime des êtres et non seulement dans les institutions religieuses ! Car tant de pouvoirs spirituels et temporels se sont acharnés à détruire ce ferment de vie en l’étouffant sous les dogmes et sous les lois ! Il est indestructible, et comme une petite graine enfouie dans la carapace d’un rocher, il fait tout éclater. Toutes les persécutions, les inquisitions, les dogmatismes n’ont fait, paradoxalement, que le rendre plus vivant au cœur des insoumis. Cela, Iéshoua‘ le savait lorsqu’il tentait de faire comprendre à ses auditeurs qui il était.
Tous les textes écrits sur Jésus, qu’ils soient dits canoniques ou apocryphes, valent ce qu’ils valent. Parfois des légendes populaires naïves, transmises oralement, trouvent leurs illustrations dans maints vitraux de nos églises et cathédrales. Parfois des documents où il est dit que ce Rabbi connaissait toutes choses. D’autres Evangiles, comme celui de Tomas, véhiculent une énergie dont l’impact est vrai et fort ; ils sont connus aujourd’hui, lus et commentés sans censure. Ceux qui les ont écrits témoignent de leur état d’être.
A l’origine, “apocryphe”, du grec apokruphos, ne veut pas dire “douteux” simplement “caché” et, étymologiquement, “gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public”. Certains textes, dit apocryphes, sont donc des enseignements ésotériques, non compréhensibles par les non initiés. Pour les Juifs, un livre pouvait être sacré et apocryphe, sacré car d’origine divine, et apocryphe car caché dans le Temple à la connaissance du public. L’Eglise s’est livrée à un détournement de sens, refusant tout ce qu’elle n’a pas décrété arbitrairement comme canonique en limitant à quatre - chiffre bien terrestre et force d’inertie, avons-nous dit déjà - les évangiles acceptables ! Quant à Luc, qui était grec et médecin, il connaissait très mal les lois et coutumes des Juifs, ce qui a fait qualifier son évangile d’« Evangile des païens
[21] » !
Néanmoins, on peut dire aussi que ce chiffre quatre a été divinement inspiré : « Irénée [évêque de Lyon au IIème siècle] chercha à unifier la chrétienté autour d’un ensemble de textes approuvés par tous. Il affirma qu’il ne pouvait pas y avoir plus de quatre Evangiles. Le nombre n’était pas le choix du hasard : il y avait quatre vents, quatre directions. Pour Irénée, les éléments étaient d’importance capitale. Il devait par conséquent y avoir quatre Evangiles. Il dressa la liste des quatre Evangiles acceptables : Matthieu, Marc, Luc et Jean et affirma qu’ils étaient d’inspiration divine. Ils formeraient par la suite les Evangiles canoniques.
[22] » Quatre n’est limitatif que pour celui qui se limite dans le jeu de l’interprétation duelle sans voir le Point Cinq[23].. Le symbole des quatre évangélistes associés à leurs animaux « totémiques » a une portée considérable. On le retrouve dans la lame XXI, le Monde, du jeu de Tarot[24], dans la statuaire et dans maints autres écrits.
 
 
Voici un extrait de l’Évangile arabe de l'Enfance du Seigneur :
« …Il y avait en outre, à Jérusalem, un certain homme appelé Zacchoeus, qui enseignait aux jeunes garçons. Il dit à Joseph : “Pourquoi, ô Joseph, ne conduis-tu pas Jésus à moi pour qu’il apprenne les lettres ?”
Joseph acquiesça et rapporta la chose à la dame Marie. Ils le conduisirent donc au maître et lui, aussitôt qu’il le vit, écrivit pour Lui l'alphabet et lui demanda de dire Aleph. Et lorsqu’il lui eut dit Aleph, le maître lui demanda de dire Beith. Et le Seigneur Jésus lui dit : “Dis-moi d'abord ce que veut dire la lettre Aleph, et alors je prononcerai Beith.”
Et lorsque le maître menaça de le fouetter, le Seigneur Jésus lui expliqua le sens des lettres Aleph et Beith, et aussi quels dessins de lettres étaient droits, lesquels tordus ou en spirales, lesquels avaient des points, lesquels n'en avaient pas, pourquoi une lettre précédait une autre, et beaucoup d'autres choses qu'il raconta et qu'il élucida, dont le maître n'avait jamais entendu parler et qu'il n'avait lues dans aucun livre. Le Seigneur Jésus dit encore au maître : “Ecoute, et je te les dirai.”
Et il commença clairement et distinctement à répéter Aleph, Beith, Ghîmel, Dâleth, jusqu'à Tâv. Et le maître fut étonné et dit : “Je crois que ce garçon est né avant Noé.”
Et se tournant vers Joseph, il lui dit : “Tu m'as amené pour que je l’instruise, un garçon qui est plus instruit que tous les maîtres.”
A la dame Marie il dit aussi : “Ce fils que tu as n'a pas besoin qu'on l’instruise.”
[25] »
La suite du récit se perd dans le merveilleux et les légendes, mais ce passage, lu aujourd’hui, enseigne beaucoup. Il montre que, pour son auteur, à quelque époque qu’il fut écrit, Iéshoua‘ était naturellement un Kabbaliste né ou du moins qu’il y avait à son époque une Kabbale qui n’était connue que de quelques-uns ! La question de son authenticité ne se pose que pour ceux qui s’investissent dans les recherches historiques sans écouter en eux le Vivant d’eux-mêmes. Cet écrit existe et nous en avons le texte et les traductions. Il rejoint un point de nous qui sait toutes choses.
Ce maître exprime quelque chose d’absolument juste : « Je crois que ce garçon est né avant Noé ». Ce que Iéshoua‘ confirmera et amplifiera par la suite en disant : « Amen, amen, je vous dis : avant qu’Abrahâm fût, moi je suis ». (Jean 8, 58) Iesouha‘, dans son corps de chair, est l’incarnation parfaite de l’Energie Christ.
Certains traducteurs remplacèrent Aleph par A et Beith par B : « … Jésus enfant a été confié au maître d'école Zachée qui veut lui enseigner les lettres de l'alphabet : dès le début, Jésus l'interrompit : “Toi qui ne connais pas l'A dans sa nature, comment veux-tu enseigner aux autres le B ? Hypocrite, enseigne d'abord l'A, si tu le sais, alors nous te croirons au sujet du B !”
[26] » Une autre énergie que la première version !
Certes, en ayant la connaissance de la Langue des Oiseaux et de la hiéroglyphie des lettres de l’alphabet français
[27], cette substitution peut prendre du sens. Mais Iéshoua‘ parlait l’araméen et les équivalences ne sont pas évidentes, Aleph étant une consonne et les voyelles ne s’écrivant pas en hébreu.
Dov Baer de Loubavitch
[28], qui a dirigé la tendance hadad du mouvement juif hassidique, enseignait que chaque lettre est le réceptacle d’une vie spirituelle. Il n’est nul besoin cependant d’étudier l’hébreu pour connaître les structures universelles ! Notre langue française les contient. Comment le A est-il décrypté par le Kabbaliste ?
Depuis le point créateur, le sommet, l’apex
[29] de cette lettre, les deux branches du compas s’écartent, imageant la chute dans le dualisme de la manifestation terrestre (jour et nuit, masculin et féminin, positif et négatif, etc.). A est spontanéité créatrice. Le retour, c’est le passage du 2 au 1, et ce logion de l’Evangile de Thomas : « Lorsque vous ferez que le deux soit un… » en marque bien la réalité (L. 110). A, en début de mot est justement privatif.
Comme le Zohar l’indique pour l’hébreu, en grec, Alpha marque le passage du non manifesté au manifesté et la première lettre de la manifestation est Bêta. « La langue hébraïque a conservé cette vérité en rapportant que “le Maître de l’Univers, le Saint Béni soit-il”, ne commença point la Genèse par alpha, “tout en lui réservant le qualificatif de première des lettres, seule capable d’exprimer son Unité” (Zohar).
[30] »
Ainsi en est-il en Français pour le A et le B. Notre “Alpha-Bet” maintient lui aussi cette vérité métaphysique essentielle. A marque le commencement comme… ensemencement, le passage de la nature naturante à la nature naturée, et manifeste le Ciel sur la Terre. Dans l’alphabet arabe, la première lettre, Alif, est la source de toute chose. C’est pourquoi ces quelques vers du soufi turc Yunus Emré, écrits au XIIIe siècle, nous interrogent profondément et rejoignent indubitablement la remarque de Iéshoua‘ à son maître :
« Digne savant, qui en tout sens arpente
Les 26 lettres de l’alphabet
Ce petit a tout simple,

Vraiment le comprends-tu ?[31] »
Que représente le A pour celui qui a reconstitué la Langue hébraïque ? « A. Ce premier caractère de l’alphabet dans presque tous les idiomes connus est le signe de la puissance et de la stabilité. Les idées qu’il exprime sont celles de l’unité et du principe qui la détermine
[32] ». Comme image symbolique, il représente l’homme universel, le genre humain, l’Être dominateur de la terre. Dans son acception hiéroglyphique, il caractérise l’unité, le point central, le principe abstrait d’une chose. Employé comme signe, il exprime la puissance, la stabilité, la continuité.
Quant au B, cette deuxième lettre est essentiellement terrestre et émotionnelle : deux panses rebondies viennent comme des excroissances se développer sur l’axe vertical qui est ainsi boursouflé par ses deux mamelles ; elles joignent le mental à l’émotionnel et celui-ci au physique.
[33]
De Aleph à Beith (comme de A à B, comme d’ailleurs de Alpha à Bêta) « l’Unité se fait duelle pour vivre sans séparativité son Identique, l’Unique. C’est pour cela que le Commencement est Deux, ce sont les premiers mots de la Bible :
B  e  r  e  s  h  i  t,
Beth = Deux, Reshit = Commencement.
[34] »
 
Avant le Commencement, l’Unique-sans-second !
« Pour l’Enfant Divin, l’Adulte en Esprit :
   au bout de ce qui meurt est l’ouverture de ce qui vit éternellement.
 
Socrate le disait à sa manière :
“En cherchant la Vie, j’ai trouvé la Mort,           
En trouvant la Mort, j’ai trouvé la Vie Eternelle.”
[35] »
 
 
Idées forces :
 
- Les vérités dites “historiques” ne sont pas essentielles.
- Le “Foyer de Bethléem” lieu de Naissance de Jésus, est nécessité par “le Plan du Rachat” de “l’erreur à l’égard de l’Origine”.
- Le Coran reconnaît Jésus comme Prophète et reconnaît sa naissance virginale.
- L’être vierge est sans notion. « “Concevoir Immaculé” veut dire : Recevoir de la Source sans intermédiaire… »
- Chaque Cœur humain se doit d’éveiller l’Enfant Divin en lui.
- Très jeune, Jésus montre à son maître, puis aux rabbins des synagogues, qu’il a la connaissance de l’ésotérisme de l’alephbeith (l’alphabet hébreu).
 
[1] L’Instruction du Verseur d’Eau, op. cit., pp. 358-359.
[2] Emmanuel-Yves Monin, De la Belle et la Bête à l’Androgyne ou Diane à la Licorne, Ed. Les Amis du Désert, 1985.
[3] Maître Eckhart, Sermons, Seuil, 1974, tome I, p. 52. Voir : Régor R. Mougeot, Le Miroir symbole des symboles, Dervy, 1995, chap. “La Conception Immaculée”.
[4] Platon le Karuna, La Demeure Eternelle. Les Paroles du Cœur Céleste, Les Editions de la Promesse, 2007, p. 75
[5] Sadaka, Jean, MARIE dans le Coran et l’Islam – Mariam Dame du paalmier et du désert, ABM-éditions, 2010, p. 23.
[6] D’après une communication de Jack Dupré : « L’Annonciation ».
[7] L’articulation du monde, op. cit., p. 81.
[8] Odon Vallet, L’Evangile des païens, Albin Michel, 2003, p. 22.
[9] Jésus vu par un musulman, op. cit., p. 47. Voir, dans ce livre, l’arithmologie développée par l’auteur à propos  de ce nom et de celui d’Allâh.
[10] Frère Jean Portal (Maison des frères maristes), Marie et l’Islam, Varennes-sur-Allier, p. 11.
[11] MARIE dans le Coran et l’Islam, op. cit., p. 70.
[13] Id., p. 52.
[14] Jésus vu par un musulman, op. cit., pp. 42-43.
[15] Voir : Amadou Hampâté Bâ, Vie et enseignement de Tierno Bokar. Le sage de Bandiagara,  Seuil, 1990.
[16] Jésus vu par un musulman, op. cit., p. 22.
[17] Seing, du latin signum, signe, qui a donné aussi sceau : figurine, effigie.
[18] Idem.
[20] Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, op. cit., p. 51.
[21] L’Evangile des païens, op. cit.
[22] Herbert Krosney, L’Evangile perdu : la véritable histoire de l’Evangile de Judas, Flammarion, 2006, p. 210. 

      
[23]  - Voir le symbolisme du chiffre dans notre livre La Métaphysique des Chiffres : Tous les Chiffres ne disent qu’Unité (Auto-édition, 1998), 2ème éd. Les Editions du Cosmogone, 2011.
[24] Voir : Kinthia Appavou, La Spirale évolutive du Tarot essentiel ou le cheminement initiatique des 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille, M.C.O.R. éditions, 2007.
[25] LÉvangile arabe de l'enfance du Seigneur, paru dans Apocryphal Gospels, Acts and Revelations vol. XVI, Edinburgh. T. & T. Clark, 38 George Str. MDCCCLXX,.Nous avons utilisé la traduction de l’anglais par Carlo Suarès dans son livre : Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus, pp. 21-22.
[26] L'Évangile selon Thomas, ou les Paroles de Jésus, op. cit., pp. 128-129.
[27] Voir Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux, 1982 (Point d’Eau), 6e éd. Y. Monin.
[28] Voir Lettre aux Hassidim sur l’Extase, Fayard, 1975.
[29] APEX : A privatif de l’ancienne (Ex) Paix, celle du non manifesté : Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux, op. cit.
[30] Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux, op. cit., p. 20.
[31] Les Chants du pauvre Yunus, Arfuyen, 2004. Poème : « Entre dans ton cœur », p. 73. Le traducteur, Gérard Pfister, précise en note qu’il s’agit « des 29 lettres de l’alphabet arabe et qu’il a pensé préférable, pour plus de simplicité, de se référer au nombre de lettres de l’alphabet latin ».
[32] La Langue hébraïque restituée, op. cit., p. 37, ch. III.
[33] Voir : Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux, op. cit., p.47.
[34] Platon le Karuna, Nouvelle Lettre Ouverte à l’Ami sur le Chemin de la Vérité, Editions de la Promesse, 2003, p. 108.
[35] Platon le Karuna, Cahier de Noël. La Conscience Opérante de la Réalité de la Source, Les Editions de la Promesse, 2004, p. 56.
 
 
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